II. LE TERRAIN NÉVROPATHIQEE I SES CONDITIONS EXTRINSÈQUES
Par un échange de procédés qu'il est facile de prévoir, si le tempérament névropathique tend à modifier les conditions de vie, les conditions de vie à leur tour réagissent sur lui en le fortifiant et l'exagérant.
D'une façon générale, et en faisant abstraction de toute intervention morbide, l'inadaptation du poète aux conditions de l'existence pratique n'est pas à discuter. Son insouciance des contingences d'ici-bas n'est rien moins que proverbiale, et son abstraction de la réalité présente est une conséquence directe et inéluctable de toute sa psychologie. Comment serait-il dans le réel et dans le rêve à la fois? Comment, s'élevant jusqu'aux nues, raserait-il le sol? Ceci d'ailleurs ne nuit pas à son équilibre, car l'équilibre c'est l'harmonie. Et que demander d'un homme bien équilibré, si ce n'est de rester harmonieux? Un poète foncièrement pourvu de qualités pratiques . dans le sens moderne du mot , serait d'une mentalité singulièrement disloquée. Il est des qualités qui se heurtent et ne se marient pas : exiger leur accord, ce serait réclamer l'enfantement d'un monstre. Qu'on reconnaisse donc que les tempéraments poétiques sont victimes parfois de qualités affinées, lesquelles n'ont point cours parmi les natures grossières qui sont la masse de l'humanité. Qu'on ajoute encore qu'ils payent le plus souvent de quelques lacunes