‹ Poésie et folieChapitre 34 sur 45 · LA (OUI-; : LE TAS · texte numérisé non relu

LA (OUI-; : LE TAS

seulement une victime malheureuse de l'égoïsme ei

de la cruauté du duc de Ferrare.

Né d'une famille sans tare apparente, le Tasse était fils d'un père également poète et non dépourvu d'une certaine valeur. Il reçut une éducation brillante dans les Universités de Padoue et de Bologne. Il avait vingt et un ans lorsqu'il entra au service du cardinal d'Esté et fut admis à la cour de Ferrare. Déjà il était célèbre par Rinaldo, un roman de chevalerie en vers. Logé dans le château avec une jolie pension, entouré d'amitié et de prévenances, libre de tout souci et chéri des dames, il s'employa tout entier à son art, si ce n'est qu'il lui déroba parfois quelques heures en faveur du beau sexe et des libations. Après Aminta, un drame pastoral, il produisait son chef-d'œuvre, la Jérusalem délivrée. En 1574, elle était complètement achevée. Il avait trente et un ans.

Cette année-là même, le poète fut atteint de la lièvre quarte. La malaria devait produire sur sa santé un ébranlement irrémédiable et définitif. L'année suivante en effet , sous le coup d'une rechute, il devient en proie à un état de confusion mentale qui se complique de doutes obsédants sur le dogme et sur Dieu. Tourmenté par des idées de damnation, il va se confesser à l'inquisiteur de Bologne. Alors, ce sont des scrupules et des craintes morbides touchant ses lettres et ses différents ouvrages, qu'il songe à soustraire à son protecteur pour les mettre en sûreté hors de l'Italie. Il veille sur son bien avec un soin jaloux et demeure persuadé qu'on cherche à forcer sa porte pour le voler.

Un jour même, il accuse un courtisan d'indélicatesse et le soufflette publiquement. Quelques jours après il menace un serviteur de son poignard, en présence de Lucrezia, duchesse d'Urbino. Pour la première fois, le duc Alphonse le fait enfermer et le confie aux soins des médecins. A ce moment, on note chez le poète un délire de culpabilité nettement confirmé : il s'accuse d'hérésie et redoute d'être empoisonné. Puis il écrit à Rome pour se plaindre de l'inquisiteur de Bologne, qui n'a pas voulu écouter sa confession et s'est contenté de l'absoudre comme aliéné. Cependant le détenu parvient à s'enfuir. Bientôt on le retrouve à Sorrente , chez sa sœur. 11 n'y séjourne que passagèrement et regagne Ferrare pendant l'été de 1578, malgré l'accueil peu empressé du duc. Alors ses idées de persécution le reprennent ; il voit partout des ennemis ; ses craintes le chassent de nouveau du lieu préféré. On le voit successivement à Mantoue et à Venise, puis chez le duc d'Urbino. Les soins qu'il y reçoit sont impuissants à le retenir. Il fuit, arrive à Turin dans une tenue misérable et reçoit quelques secours du duc de Savoie. Il se lasse bientôt de ce dernier, et fait écrire au duc de Ferrare pour demander l'autorisation de revenir à sa cour. Mais là, il donne lieu à une scène scandaleuse. Poussé à bout par ses griefs délirants, il s'oublie jusqu'à, injurier ses bienfaiteurs devant toute la cour. La mesure était comble. L'infortuné poète fut enfermé incontinent chez les moines de Sainte-Anne. Il devait y rester sept ans.

On sait comment Montaigne lui fit dans sa re-

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