LA POLIE : NICOLAS LBNAU
fut une autre victime fameuse de l'aliénation mentale.
Dans ses antécédents familiaux, Frantz a plus qu'il ne faut pour constituer sans l'ombre d'une équivoque un terrain de prédisposition. La vie désordonnée de son père, les troubles moraux et physiques dont sa mère fut affectée durant sa grossesse, devaient influer d'une façon marquée sur la qualité de sa constitution mentale.
Dès sa plus tendre enfance, il ne vit que d'angoisses et de sensations violentes. Il se plaît aux contes terrifiants, et déjà il se fait une vie imaginative pleine de sombres cauchemars. Après avoir entrepris à Vienne des études de droit, il se lance successivement dans la médecine, la philosophie, les lettres et les arts ; mais il cultive plus que toute autre chose le café d'Argent . 11 v trouve sans doute des passions fécondes, et avec elles des cadences harmonieuses et des rimes sonores; mais il y prend aussi le goût des narcotiques. Si l'on ajoute à cela les déboires dont il fut victime et les chagrins qu'il dut éprouver en des histoires malheureuses d'amour, on conçoit que les éléments de « détraquement » qu'il apportait avec lui devaient se développer comme dans ud « bouillon de culture ».
Au reste, il avait eu de tout temps une facilité remarquable à simuler la folie. Obligé de partir pour l'Amérique, par un contrat qu'il avait signé à la légère avec une société industrielle, il se mit en devoir de paraître fou pour se tirer d'une aventure dont il redoutait l'issue. Une autre fois il joua pareil jeu pour son bon plaisir, en compagnie de nombreux
étants. « Je me mis à raconter des histoires de revenants d'un air tellement démoniaque, disait-il ensuite, je clignais les veux de façon si bizarre, que les jeunes filles se mirent à pleurer d'angoisse. » Un jour encore, la fille qui était au service du poète se précipita soudain dans la chambre de sa sœur : « Jésus! Maria! criait-elle, M. de Niembsch est devenu fou. » Comme on se hâtait, il dit simplement en riant : « Je n'ai voulu que lui faire peur avec des grimaces et des roulements d'yeux. »
Mais le virtuose finit par être effrayé lui-même de son talent. Lenau sortait un jour du café d'Argent avec le docteur George n, et ce dernier s'arrêta devant l'établissement d'aliénés qu'il dirigeait à Dobling. Il invita le poète à l'accompagner. « Non, non, dit l'autre avec un rire qui cachait mal son effroi ; il y a des fous dans cette maison ! C'est dangereux. On pourrait devenir fou soi-même. »
L'histoire des bustes de Menerschmidt n'est pas moins démonstrative. Comme un ami lui montrait curieusement cette collection de figures plus ou moins bizarres : « Allons-nous-en, dit le poète, car j'éprouve la tentation de reproduire sur moi toutes ces physionomies. Un homme comme moi ne doit jamais regarder des caricatures, et moins encore les imiter... Dans ces ligures, il y a je ne sais quoi qui a failli me rendre fou.
Il est d'ailleurs fort curieux de noter les pressentiments il longue échéance du malheureux poète. Il disait à un de ses amis : « Tu connais l'histoire de Phaétos et des chevaux du soleil qui s'emballent... Nous autres, poètes, sommes cochers de choses si