LA POLIE : NICOLAS LENAD
fantastiques, qu'un jour nos idées pourraient bien nous entraîner malgré nous, a Et une autre fois : « Je m'imagine qu'il y a en moi un démon auquel je ne puis résister, et qui gravite vers le malheur, depuis qu'on m'a parlé d'une jeune fille avec laquelle j'ai dansé, que mon amour a rendue folle, et qui, dans les accès de son délire, se croit reine de Hongrie. »
Ses poésies elles-mêmes reflètent la hantise du mal. Les titres en témoignent : le Fou, 1rs Maladies de l'âme, la Violence du rêve, la Lune d'un mélancolique... Et dans l'une il peint son angoisse en termes troublants :
Le fou est ici debout, pâle et muet, adressant à la lune son rire amer; la lueur de l'astre recule d'effroi, et, terrifié aussi, le vent se hâte en passant près de lui. — Quoi de plus triste que la folie levant son reyard sauvage vers la paix silencieuse et toujours égale, où se meuvent les étoiles ? — Et qu'a fait cet homme, ô Destin, pour que tu entasses sur la route de sa vie ces obscures angoisses? pour que tu arraches de son àme ce qui était son Dieu ?
Or voici que le cauchemar devient une réalité. Dans la pleine maturité de sa vie, Franz Niembsch s'écroule. Douloureusement conscient au début, il s'analyse avec angoisse et rédige sur lui-même des bulletins journaliers. Il raconte ses nuits mouvementées, ses insomnies pleines d'appréhensions lugubres et d'horreurs. Il avoue que le diable - chasse dans son ventre », et il entend tout au fond de lui-même comme « les funèbres échos de 1 enfer >. Le diable le pousse jusqu'en Amérique. A son
retour il se voit fêté, mais l'hypocondrie lui « a planté au cœur sa dent profonde » : il a peur des hommes. L'Allemagne lui prépare des arcs de triomphe : il s'enfuit et se met à errer sans but. Il écrit cependant : il donne au travail une activité brouillonne, combine des mariages, jette sur le chantier des travaux nombreux dont aucun n'est réalisé. Puis la raison l'abandonne d'une façon complète. Dans une crise de panophobie . il songe au suicide et cherche à brûler tous ses manuscrits. Le lendemain même il croit avoir détruit son Don Juan, que Reinbeck avait eu le bon esprit de sauver. Puis c'est une accalmie de quelques jours. Mais la crise reprend : il entre chez un ami, l'accuse de l'avoir dénoncé devant un tribunal et fait preuve d'une excitation extrême. Nouvelle rémission. Le poète s'analyse encore, et comme en un rayon de soleil traversant la nuit, il s'inspire de sa folie même dans les vers chaotiques de son Tra.umgewa.lt. Le génie venait de livrer à l'aliénation sa dernière bataille. Quelques jours plus tard, Frantz a disparu. On le trouve errant à travers la ville ; on l'invite à rejoindre son domicile. Mais le poète retire sa jaquette et veut l'étendre sur le pavé pour s'en faire une couche. On parvient à le réintégrer. Alors il prend son violon et se met à danser des valses avec frénésie. Le soir même il est à deux doigts de se pendre. C'en était assez. Le docteur Schelling envoya un de ses élèves en toute hâte au docteur Zeller, directeur de la maison de Winnenthal, pour le prévenir de l'arrivée de Niembsch. Les crises allaient se rapproehant on dut lui mettre