‹ Poésie et folieChapitre 4 sur 45 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

l'expression, il y a une part d'exagération et en quelque sorte d'anomalie, un déséquilibre de certains groupements qui appelle par divers côtés l'attention de la psychologie. Que chaque cas spécial devienne un nouveau problème, nous le voulons bien ; mais à la solution même de ce problème, les méthodes complexes de la science peuvent offrir un précieux concours. Si la critique purement littéraire ne doit rien perdre de ses droits, il est souvent indispensable d'en appeler à la compétence de spécialistes autorisés, car la science psychiatrique fournira des moyens très inattendus de comprendre et de différencier certaines manières d'être de l'intelligence.

Maurice de Fleury1 a bien défini cette fonction spéciale du médecin moderne, qui doit être rompu aux questions d'hygiène et de pathologie de l'esprit, « pour discerner, dans les œuvres, l'avortement morbide de la saine création, et savoir à quoi s'en tenir sur l'état cérébral de celui qui les a écrites,... pour pouvoir dire si l'esprit qui les a dictées est un esprit malade ou bien portant, capable ou non de contaminer, de faire mal à ceux qui le liront. » Malheureusement on a fait abus de ces appréciations doctrinales, en apparence rigoureuses et inattaquables, et Ton ne s'est guère privé de lancer des affirmations hâtives au nom d'une science infaillible et intransigeante.

Certes, accuser le médecin de « voir des fous partout » n'est rien moins que puéril; mais il faut bien confesser un peu que, les oreilles rebattues de névrose et de névropathie, le médecin, — quand il n'est que médecin, — se montre assez mal prévenu à l'endroit des rêveurs et des sensitifs.

La poésie, quoi qu'on en puisse dire, n'est pas du domaine commun, et c'est la triste prérogative d'une âme

1 Maurice de Flbury, Introduction à la Médecine de l'esprit, p. 150.

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