II. LA POÉSIE D'HIER
Si des savants ont élevé la voix pour signaler l'existence d'une poésie malade et dégénérée, c'est qu'ils ont cru découvrir dans cette poésie d'une époque récente des preuves patentes de déséquilibre ou de débilité. Ces preuves, ils les ont trouvées tout à la fois dans la substance et dans la forme des productions. D'incontestables tendances au mysticisme et à Végotisme étaient une révélation bien faite pour rappeler la littérature des dégénérés dont nous connaissons les traits principaux ; d'autre part , l'incohérence nettement apparente des élucubrations symboliques ne pouvait manquer de fortifier dans le même sens l'opinion des médecins et des psychologues.
Le dernier quart du xixe siècle a-t-il donc fourni véritablement, dans sa poésie, le sujet d'une observation psychiatrique aussi complète que variée dans ses éléments? Ce jugement, plusieurs fois porté, nous semble un peu trop hâtif, et l'intransigeance exclusive de certains ouvrages qui généralisent à outrance l'étiquette morbide n'est pas au total beaucoup plus fondée que l'admiration obtuse des badauds ou l'enthousiasme sur commande des snobs en quête de bon goûl.
Apporter dans les choses de l'art un esprit dogmatique et imbu du positivisme le plus absolu n'est guère moins dangereux que d'aborder la science avec les seules vertus de l'imagination et de la
fantaisie. La vérité n'est pas une et indivise; elle est toute de complexité. 11 faut bien faire quelques concessions, si l'on veut la toucher du doigt.