‹ Poésie latineChapitre 14 sur 82 · ne pour ut non, très rare (Wordsworth · texte numérisé non relu

ne pour ut non, très rare (Wordsworth

Aspicite, o cives, senis Enni imaginis formam Hic vestrum panxit maxima facta patrum.

Nemo me lacrimis decoret nec funera fletu Faxit. Cur? volito vivosper ora virum.

Wordsworth, p. 314 et 593.

Distiques élégiaques.

Ennius (239-169 av. J.-C), le père de la poésie latine, l'introducteur de l'hexamètre dactylique,

l'auteur des Annales.

Ces distiques nous sont transmis tous deux, par un passage des Tusculanes, et le second se lit en outre dans le De senectute et dans un autre endroit des Tusculanes.

Cicéron, Tusc. I, 34 :

Quid poetae? nonne post mortem nobilitari volunt? nnde ergo illud :

Aspicite, o cives, senis Enni imaginis formam :

Hic vestrum panxit maxima facta patrum.

Mercedem gloriae flagitat ab iis quorum patres adfecerat gloria, idemque :

Nemo me lacrimis decoret nec funera ftetu

Faxit. Cur? Volito vivos per ora virum.

Id., De sen, 73 :

... haud scio an melius Ennius:

Nemo me lacrimis decoret neque funera fletu

Faxit. Cur? volito vivos per ora virum.

Id. Tusc. I, 117:

... melior Enni quam Solonis oratio ; hic enim noster « nemo me lacrimis decoret » inquit a nec funera fletu faxit ».

L. Millier (Q. Enni carm. rel. p. 153) ne veut pas que les deux premiers vers, Aspicite etc., soient d'Ennius ; selon lui ce distique devait être écrit sous le portrait du poète dans une édition de ses œuvres, et peut-être faut-il l'attribuer à Cn. Octa-

vius Lampadion ou à Q. Vargunteius (1). Mais il n'est pas moins vraisemblable que ce soit tout simplement le début de l'inscription funéraire d'Ennius, gravée au-dessous de la statue qui décorait son tombeau, probablement dans la sépulture des Scipions (2). La manière dont Cicéron, dans les Tusculanes, présente les deux citations ne donne pas l'idée qu'elles soient empruntées à des sources différentes (3) ; et, si dans la première il est question du poète à la troisième personne, tandis que dans la seconde il parle lui-même et emploie la première personne, il n'y a à cela rien d'inconciliable, ni même d'inaccoutumé : d'autant plus que, selon toute vraisemblance, nous n'avons là que le premier et le dernier distiques de l'épi gramme complète. Si nous n'avons laissé dans le texte la place que d'un seul distique c'est pour ne pas accorder à la conjecture plus qu'il n'est nécessaire (4) ; mais il n'est pas impossible que l'épigramme fût plus longue.

1. — senis Enni imaginis formam] senis Enni in imagine formam Bàhrens, Fragm. poet. rom.

(i) C'est Lampadion qui avait édité le Bellam Poenlcum de iNévius et l'avait divisé en sept livres; Vargunteius édita de même les Annales d'Ennius, et à certains jours il les lisait devant un nombreux public. — Dans ce genre d'bypothèses, on pourrait aussi se demander si le distique ne proviendrait pas du De imayinibus ou Hebdomades de Varron.

(2) Voy. plus haut, p. 5, la fin de la note.

(3) Notez le idem(jiie, qui précède la seconde citation.

(4) Et aussi parce que les épitaphes des Scipions sont composées de six vers, voy. plus haut! p. 23.

p. 137 ; il est vrai que ces génitifs qui dépendent l'un de l'autre donnent lieu à une constraction embarrassée et peu fréquente, et que, même comme sens, forma imaginis Enni (la beauté du portrait d'Ennius) inspire quelque soupçon. Ajoutons que Bâhrens, comme L. Mùller, enlève ces vers à Ennius, et que son texte conviendrait bien à la souscription d'un portrait dans un livre. — Pour imaginis devant formam, voy. p. 40, ce qui est dit pour Ludus.

3. — lacrimis] dacrumis Bergk, L. Mùller (Q. Enni carm. rel. p. 85), Bahrens ; les mss. de Cicéron donnent lacrimis, sauf quelques-uns (pour le De senectnté) qui ont lacrnmis.

nec] neque dans les mss. du De senectnté.

4. — vivos chute de s, même observation que pour imaginis, plus haut.

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