‹ Poésie latineChapitre 16 sur 82 · que = qui ; e pour i confusion fréquente de e et de i · texte numérisé non relu

que = qui ; e pour i confusion fréquente de e et de i

soueis = suis, monosyllabe.

nuges = nugis, de même que que pour qui.

Rogat ut résistas, hospes, te ut hic tacitus lapis Dum ostenditquod mandavit quojus umbram iegit Pudentis hominis frugi cum magna fide, Praeconis Oli Grani sunt ossa heic sita. Tantum est. Hoc voluit nescius ne esses. Vale. 5

Eph. epigr. IV, 297, 861, décrite par Matz ; Bùch. 53 ; Rhein. Mus. 37, p. 521 suiv.

Epitaphe d'Aulus Granius, praeco contemporain de Lucilius, mais plus jeune que lui, puisque Cicéron l'a connu ; voy. en effet, plus bas, la citation du § 172 du Brutus. Lucilius ayant vécu de 180 à 103 à peu près, av. J. C, et Cicéron étant né en 106, l'inscription doit être des environs de l'an 85 av. J.-C.

A(nhis) Granius M(arci) l(ibertus) Stabilio praeco. Elle a été trouvée à Rome, elle est actuellement à Rokeby Hall, en Ecosse.

Sénaires ïambiques.

Témoignages sur A. Granius :

Lucilius, XI, 10 suiv. (L. Mûller, p. 56): Conicere versus dictum praeconis volebam

Grani

Granius autem

Non contemmere se et reges odisse superbos. Cicéron, Brutus 160 î

...Nisicoenauisset (Crassus) apud praeconem Granium idque nobis narrauisset Lucilius.

Ibid., 172 (c'est Cicéron qui parle d'abord) : Ego memini T. Tincam Placentinum, hominem facetissimum cum familiari nostro Q. (sic) Granio praecone dicacitate certare. — Eon, inquit Brutus, de quo multa Lucilius ? — Isto ipso ; sed Tincam non minus multa ridicule dicentem Granius obruebat nescio quo sapore (voy. dans l'édition J. Martha, la note critique à ce passage) (1).

(i) Le praeco, crieur public, convoquait les centuries, proclamait les résultats du vote, annonçait au tribunal les noms des plaideurs, lisait

Voy. encore Pro Cn. Plancio, 33 ; et Ad Atticum VI, 3, 7 : tibi autem valde solet in ore esse : Granius autem Non contemnereseetregesodisse superbos, in quo tamen ille mihi risnm magis quam stomachum movere solet; sed plane parum cogitât qui scribat mit ad quem.

les jugements ; il proclamait les noms des vainqueurs dans les jeux, il annonçait les ventes et faisait connaître les objets perdus ; il était chargé d'établir le silence dans les assemblées. Il semble que la profession était bonne et que l'on y pouvait faire fortune, voy. Juvénal, 3, 157 ; si, en effet, le praeco était un officier subalterne, que la lex Julia municipalis excluait des fonctions municipales, il se trouvait du moins, par son métier, en relations fréquentes avec de grands personnages.

Decem et octo annorum natus vixi ut potui bene, Gratus parenti atque amicis omnibus.

Joceris, ludas bortor : hic summa est severitas.

C. I. L. VI, 16169 ; Marini Gli attie mon. dei frat, Arv. p. 564; Bùch. 85.

Epitaphe de Cn. Cornélius Bassus.

Trouvée à Rome sur un petit autel, gravée en beaux caractères; aujourd'hui, au Musée Kircher; précédée de : Cn. Cornélius Cn(aei) f(ilius) An (iensi) (1) Bassus ; suivie de : posuit Fortunatus ser (vos).

Vers ïambiques ; le deuxième est un sénaire (hiatus de la finale de parenti). Bùcheler suppose que le premier a été allongé pour y faire entrer l'âge du mort ; de même le troisième, par l'intercalation d'un mot, qui est très probablement hortor ; double hypothèse vraisemblable d'où il faut conclure à l'existence d'un modèle en trois sénaires où le mètre était respecté.

Il est difficile de dater, même par à peu près, cette inscription : tandis que Marini observe que la formule annorum (ou annos) natus, fréquente au temps des Scipions, rare ensuite, paraît indiquer une très haute antiquité, Henzen lit dans hic, du v. 3, non un i, mais un antisigma (2), et comme cette lettre est une des trois qu'inventa l'empereur Claude, l'épitaphe serait tout au plus du milieu du premier siècle après J.-C. La présence de l'antisigma trancherait la [question ; [même si Henzen a mal vu et qu'il y ait là un i, il ne semble pas, d'après la langue et le style, que cette inscription puisse appartenir à l'époque des Scipions ]et re-

(i) De la tribu Aniensis.

(2) Ce caractère représentait un son intermédiaire entre i et u.

monter plus haut qu'aux environs de l'an 100 avant l'ère chrétienne.

Hic, au v. 3 = dans les enfers ; Marini lisait

his.

Est hoc monimentum Marcei Vergilei Eurysacis, Pistoris redemptoris ; apparet.

C. I. L. I. 1014 (cf. 1013 et 1015) ; P. L. M. E. LXXXVIII ; Henzen 7267 ; Wilm. 555 ; Bùch. 13 ; Ann. de l'Inst. Archèol. de Rome, a. 1838, p, 231 ; L. Havet, De Sat., p. 419 et 237.

Epitaphe d'Eurysacès.

Trouvée à Rome, devant la porte Esquiline, près de l'aqueduc de Claude. Vers saturniens.

Nécessairement antérieure à 38 ap. J.-C. date à laquelle 'Caligula fit commencer les travaux de YAqua Claudia (1), puisque la tombe n'en est distante que de neuf pieds, et qu'un sénatus consulte de l'an 11 av. J.-C. interdisait de construire quoi que ce soit à moins de quinze pieds des arches d'un aqueduc.

Au plus tôt, du commencement du premier siècle av. J.-C, à cause de l'y dans Eurysaces, cette lettre ne s'étant introduite à Rome que peu de temps 'avant Cicéron.

La langue et la forme métrique plaideraient en faveur d'une date aussi reculée que possible ; mais n'oublions pas que nous sommes en présence d'une inscription plébéienne, et qu'il se peut, par conséquent, qu'elle appartienne à l'époque classique ou même aux premières années de l'ère chrétienne. Sans [doute, la rencontre de saturniens aussi tardive est faite pour surprendre : mais Eurysaces, si c'est lui l'auteur de l'épitaphe, ou celui-ci quel qu'il soit, a-t-il bien su s'il écrivait en prose ou en vers? En fait, comme achève de le montrer l'épitaphe de la femme d'Eurysacès, Atistia, trouvée au même endroit (voy. plus loin), on s'est inspiré

(i) Ainsi que ceux de VAnio no vus ; ces deux aqueducs furent achevés en 52 ou 53, sous l'Empereur Claude ; voy. Homo, Lex. de lopo/jr. rom, p. 2h et 17.

d'une vieille inscription en saturniens dont on a dénaturé ou méconnu jle mètre en changeant le texte (1).

L'épitaphe apparaît à trois reprises sur le monument ; une seule fois, d'une manière complète (n° 1014 du Corpus), les deux autres comme il suit :

N° 1013 : M. Marcei Vergilei Eurysacis pistoris redemptoris apparet.

N° 1015 : Est hoc monimentum Marci Vergili Eurijsac...

Celle d'Atistia, (Bùch. 14.) gravée sur un marbre où est représenté un panarium (2), se présente ainsi :

N° 1016: fuit Atistia uxor mihei, femina opitama (3) veixsit (é), quojus corporis reliquicte quod (5) superant saut in hoc panario.

L. Havet. De Sat., p. 419, restitue le modèle qui a dû servir aux deux inscriptions :

Est hoc monimentum

Fuit uxor mi ; femina optuma veixsit ;

(i) L. Havet, De Sut., p. a3S, note i, après Mommsen. voit dans le prénom Marcei, Marci, reproduit en toutes lettres, une preuve que l'auteur pensait écrire des vers ; mais, puisqu'il copiait un modèle en vers, il a pu en retenir cette particularité sans qu'elle eût de raison d'être dans le texte qu'il composait

fa) Coffre à pain; panier pour le transporter, ou liucLre pour le conserver.

(3) Opiluma != oplima) formation qui a persisté dans opituluri, voy . Bréal et Bault Dicl-ètym., p. a34.

(!i) Veixsit, cf. k, 2 comment, sous le mot saxsum.

(5) Qaod = quoi.

Quojus reliquiae quot superant sunt in hoc

[sépulcre] Cet Eurysacès était un boulanger, pistor ; quant à redemptor, le mot désigne un adjudicataire, un entrepreneur à forfait ; il est peu probable qu'il s'agisse ici de deux professions différentes par lesquelles aurait passéJEurysacès ; il est plus vraisemblable que c'était un gros commerçant et que, comme boulanger, il s'était chargé de fournitures importantes par adjudication ou à forfait. Dans apparet, on a voulu voir apparitoris (ou apparitorum dépendant de redemptoris) ; il est plus naturel de prendre ce mot tel qu'il est, et de comprendre : « Cela paraît » ; en style familier : « Il y paraît », Nous savons en effet qu'il y avait un panarium figuré sur la sépulture d'Atistia ; qu'il servît pour les deux sépultures ou que l'on eût représenté sur la tombe d'Eurysacès quelque emblème analogue, le sens général de l'épitaphe est celui-ci : « C'est le monument d'Eurysacès qui était boulanger, comme on le voit (d'après l'ornement symbolique, panarium ou autre) ». Il y ^a là un trait curieux d'orgueil professionnel et de naïveté artistique.

Tu qui consortem properas evadere casum

Miles ab Etruscis saucius aggeribus, Qui nostro gemitu turgentia lumina torques,

Pars ego sum vestrae proxima militiae.

Sic te servato ut possint gaudere parentes ! 5

Nec soror acta tuis sentiat e lacrimis : Gallum per medios ereptum Caesaris enses

Effugere ignotas non potuisse manus.

Et quicumque super dispersa invenerit ossa

Montibus Etruscis, haec sciât esse mea. 10

Properce I, 21. — Pour l'interprétation, voy. surtout les éditions de Lemaire, Hertzberg, Paley, Postgate (1881), Rothstein ; pour le texte, y joindre Bâhrens, Palmer, Phillimore.

Epitaphe de Gallus.

Cette courte pièce, extraite du premier livre des Elégies de Properce, et qui doit être par conséquent des environs de l'an 30 av. J.-C, est conçue comme l'inscription d'un cénotaphe. Qu'elle ait été ou non gravée, qu'elle fût ou non destinée à l'être, nous l'ignorons, et, s'il était permis de le savoir, nous n'aurions pas à le rechercher pour justifier sa présence dans notre recueil : il suffit qu'elle soit bien une épigramme funéraire, non d'imagination, mais retenant le souvenir d'un personnage qui a réellement vécu. Or, il est impossible de mettre en doute qu'elle offre ce caractère : Properce était en relations avec un ou plusieurs Gallus (1), et même celui-ci, comme on le verra plus loin, devait être, à un degré quelconque, son parent ou son allié ; la précision du détail, le cadre historique, le goût de Properce pour les allusions à des faits privés contemporains (2), tout persuade que nous sommes ici en présence d'autre chose que d'un exercice littéraire. Il se peut que, Properce ayant écrit d'inspiration cette pièce où son talent avait mis la poésie qu'un lapicide n'eût pas trouvée dans ses formules, la famille de Gallus l'ait fait graver sur le cénotaphe, heureuse de con-

(i) En dehors du poète Cornélius Gallus ; Prop. I, 5, 3i ; — 20, I, i4 et 5i ; — IV, 1, 0,5 ; et voy. Her.tzberg, Prop. Eleg., t. I, pp. 21-22.

(2) Voy., par exemple, Prop. IV, 1,89-102; et Bulletin de la Fac.des lettres de Poitiers, année 1886, p. 3o et suiv.

sacrer la mémoire d'un des siens, mort si tragiquement, par les vers d'un vrai poète ; il est peut-être encore plus vraisemblable qu'elle ait demandé à Properce de composer une épitaphe.

Nous en donnerons d'abord une traduction afin que l'on voie tout de suite comment nous la comprenons, dans l'ensemble, à travers des difficultés que nous examinerons ensuite en détail et qui sont dues, en partie, à l'incertitude du texte.

« Toi qui te hâtes de fuir un malheur pareil au mien, soldat qui viens blessé des lignes Etrusques, et qui, à mon gémissement, tournes des yeux que les pleurs ontgonflés, je suis un de vos compagnons d'armes. Puisses-tu te sauver, pour la joie de tes parents ! Que ma sœur ne connaisse point, à tes larmes, ce qui s'est passé : Gallus, échappé du milieu des épées de César, et n'ayant pu se soustraire aux mains de meurtriers inconnus. Et que celui qui trouvera des os épars sur les monts d'Etrurie, sache que ce sont les miens. »

Il s'agit donc d'un soldat nommé Gallus, v. 7, qui a été tué à la suite d'un désastre des siens et qui était séparé d'eux ; les v. 2 et 10 conviennent à la guerre de Pérouse (hiver de 41 — été de 40 av. J.-C. (1); le v. 7 montre que ce Gallus taisait partie de l'armée de Lucius Antoine (2) ; le v. 6.

(i) L'épitaphe est donc postérieure à la mort de Gallus, peut-être de huit à dix ans.

^2) Assiégé par Octave dans Pérouse ; la famine le contraignit de se rendre, et, un habitant ayant mis le feu à sa maison, la ville entière fut détruite; Auguste, empereur, devait la rebâtir.

que probablement il n'avait plus son père, ni sa mère, et qu'une sœur était la parente la plus proche qui lui fût restée ; le v. 8, que ce ne sont pas des soldats d'Octave qui l'ont tué, mais des inconnus. Enfin, dans la pièce I, 22, de Properce, les v. 6 à 8, où il est difficile de ne pas reconnaître le même personnage, nous apprennent qu'il y avait entre Properce et lui un lien quelconque de parenté :

Sic mihi praecipue, ])iilois Etrusca, dolor:] Tu projecta mei perpessa es membra propinqui. Tu nullo miseri contegis ossa solo.

On peut donc reconstituer facilement le petit drame dont nous devons le souvenir à Properce : sans doute, après la reddition de la ville et à la faveur du désordre causé par l'incendie, Gallus réussit à franchir les lignes ennemies ; il s'enfuyait, probablement désarmé et peut-être la nuit déjà venue, cherchant un refuge ou son chemin dans les montagnes, parages infestés plus ou moins par des rôdeurs, surtout en temps de guerre ; on le tua pour lui voler le peu qu'il avait sur lui, ses vêtements, son casque ou sa cuirasse.

Rothstein (1) relève une invraisemblance qu'il excuse d'ailleurs, empressons-nous de le reconnaître, par un rapprochement avec une épigramme de l'Anthologie grecque (2); mais Rothstein n'avait

(i) Dans son édition de Properce, en note, p. 137, 2* col. (2) Anth Pal. VII, 5oo :

rQ uxp' Èfzov trceJ^tov xÉvov iqpiov, Eircov, ôoT-:a,

besoin d'invoquer ni l'autorité des Grecs, ni les droits de la muse à la fiction : l'invraisemblance qu'il croit voir n'existe pas. Le mort n'est nullement censé parler du fond du cénotaphe : ce que le poète inscrit sur ce cénotaphe, ce sont les paroles que l'ombre de Gallus adressait à son compagnon d'armes au moment où celui-ci passait auprès de son cadavre sur les monts d'Etrurie: et ces paroles, on ne pouvait évidemment les mettre ailleurs que sur le cénotaphe consacré à fixer la mémoire de cette lamentable fin.

1 . — consortem casum un sort pareil au mien ; non, comme Hertzberg et Paley l'interprètent, le sort commun de ses camarades. Postgate observe que la supposition ne serait pas honorable pour ce soldat : mais il ne prend pas garde que Gallus avait fait de même ! La véritable raison de rejeter l'explication de Hertzberg,c'est que, vraisemblablement, la plupart des vaincus s'étaient débandés et qu'ils avaient, comme Gallus et celui à qui il s'adresse, cherché dans la fuite le salut individuel ; il n'y a donc pas lieu de croire que le soldat qui passe, s'est soustrait au sort de ses compagnons.

e"ç X(ov eut' av "xtj, 7rxrp;. Nzlriaz^ôpTi wç Ifie j/sv y.ol\ vî]a xaï ip-pcnn^v xor/.ôç Eupo? oiAetev, 'E\>'!7T7l0u 8' aùiô XéXenrc' ovo;j.a. « O toi qui dépasses ce tombeau vide, voyageur, dès que tu seras arrivé à Chios, dis à mon père Mélésagore que moi, mon navire, mes marchandises, l'Eurus funeste nous a fait périr, de sorte que d'Euippos il n'est resté qu'un nom. »

Pour cette application du sens de eonsors, ci. Virgile, Georg. IV, 153 consortîa tecta; Lucain IV, 178 eonsors aetas ; et Tibulle II, ô, 23 :

Romuhis aetefnae nondum formaverat urbis Moenia consorti non habitanda Remo.

2. — Etruscis... aggeribus non les remparts de Pérouse, mais les travaux d'approche et de circonvallation établis autour de la ville par l'armée d'Octave ; lepéril était de les traverser, et d'ailleurs le sens propre de agger est travail offensif, non défensif.

3. — Qui mss. inférieurs (le Groninganus et le Hamburgensis) Haupt. L. Millier, Postgate]. Quid bons mss. (dont le Neapolitanus, qui est le meilleur) et la plupart des éditeurs ; mais cette question, posée par Gallus, n'offre aucun sens !

turgentia lumina ses yeux, non se gonflant de larmes à l'aspect du corps de Gallus, mais gonflés parce qu'ils ont versé des pleurs dans le désespoir de la défaite et des maux qui l'ont suivie.

torques ne pas le prendre dans le sens de de torques, comme le veut Kuinoel ; cf. Virgile Aen. IV, 220, oeiilosque ad moenia torsit : XII, 670 oenlornm orbis ad moenia torsit.

4. — militiae ne signifie pas ici service militaire mais armée, corps de troupes, comme dans l'expression cogère militiam.

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