‹ Poésie latineChapitre 2 sur 82 · L. Nerusius Mithres fut un bon commerçant et il s'en vante · texte numérisé non relu

L. Nerusius Mithres fut un bon commerçant et il s'en vante

iSotus in urbe sacra vcndenda pelle caprina Exbibui merces, popularibus usibus aptas, iîara fides cujus laudata est semper ubique (i).

Mais c'est peut-être bien un usurier que ce banquier de Cirta qui, sans mélancolie, se félicite d'avoir été pour tous libéral et pitoyable :

Praecilius Cirtensi lare argcnlariam exbibui arlem, Fydes in me mira fuit semper et verilas omnis. Omnibus communis ego cui non misertus ubique ? Risus, luxuria semper fruitus cun caris amicis (?.).

Vitalis (3), courrier, nous apprend qu'il a beaucoup voyagé, qu'il aime la ebasse, qu'il a fait faire son tombeau de son vivant et qu en passant il a le plaisir de lire ses vers ; c'est qu'il n'est pas difficile, carils sont bien plats et déjà barbares. Et voici l'inscription d'une femme, une cabaretière, Amymone, dont le nom délicat fait penser à la Grèce et à des poèmes divins. Dieu a brisé sa vie frêle, et son àme repose dans la lumière :

Fama ultra fines patriae popinaria nota, Quam propLer mulli Tibur celebrare solebant... Jam summus fragilem vitam Deus abstulit illi Aelbereisque auris animam lux aima recepit (4).

Urbanilla (5), compagne et associée de son mari, l'aida dans ses affaires, lui donna d'excellents

(1) BlECUELER, 437.

(2) Ibid., 5l2 (a6).

(3; ïbid., 484 (25).

(4; Ibid., 60 3.

(5) Ibid., 5 1(5.

conseils, géra sagement son bien. Des vertus semblables firent sans doute la fortune de l'anonyme que célèbre l'épitaphe 71 A. Nous avions dans l'esprit une image de tribuns éloquents, conservant et augmentant la République, simples dans leur vie, sévères comme des statues d'ancêtres. Celui-ci n'a pris ni villes ni provinces, mais — tituli res digna sepulcri — il s'est enrichi et il a enrichi les siens :

Mullo labore, induslria, vigilantia,

Hic plurumam sibi et sueis rem repperit.

Le légionnaire de l'Empire qui trompait l'ennui du cantonnement sarmate ou armoricain en rêvant, peut-être, à des exploits légendaires, continue dans les vers de son'épitaphe le rêve de sa vie, et le poète inscrit sur sa tombe qu'il a vaincu des armées et refoulé le barbare :

Hic multos domuit stravilque per hos undique montes

Infandos hostes temerataque bella subiit

Et quid non mulli poterant juvenes,hic semper solus agebat(i).

L. Licinius Severus pleure en jolis vers sa carrière brisée et sa jeunesse morte :

De genitore milii domus Vmbria, de genetrice Ostia : Tybris ibi vitreus, Nar hic fluit albus... Flore gênas tenero vernans et roborc pollens. Miles eram. Sum deinde cinis de milite factus (2).

(1) Bl/ECHELER, 520.

(2) Ibid., /109.

Acteurs et actrices, mimes, jongleurs, se consolent en redisant le songe brillant de leur vie, en évoquant l'ombre fugitive de la gloire. Protogène le mime a grandement réjoui le peuple par ses plaisanteries, dit une inscription très ancienne et singulière, du temps d'Ennius ou de très peu postérieure (1). Elle est d'une littérature plus subtile et d'un sentiment plus délicat, cette épitaphe d'une petite actrice morte à quatorze ans, Licinia Eucharis, grecque peut-être :

Docla, erodita paenc Musaruni manu.

Plus heureuse qu'Arbuscula sifflée (2), elle a connu les applaudissements de tout le théâtre, l'affection, les soins et les attentions des maîtres qui l'ont affranchie ; maintenant, elle est cendre dans le tombeau (3). Egnatuleia Urbana remercie ceux qui l'ont aimée, et toi, dit-elle, jeune homme de Phrygie, ne pleure pas.

Namque tua officia grata mihi in luce fuerunt Et nunc ad cinerem... (4).

L'esclave même acquiert une personnalité, a son épitaphe; le fermier Narcissus ignorait la liberté ; une mort prématurée la lui a donnée pour toujours :

(i) Bcecueler, 36 I .

(a) Horace, Serm , i, 10, 7»

(3) Buecheler, 55 (33).

(4) lbid., 963.

Débita libertas juveni mihi lege negata Morte immatura reddita perpétua est (i).

Ils se pressent dans la mort, arrêtés, se mble-t-il, en plein effort de vie, comme dans le merveilleux d'un conte, des crieurs publics, praecones ; un jeune avocat, Helpidius, causarum orator honestus ; des magisters de village, un grammairien, un médecin, un joueur d'orgue, un poète comique, etc. Mais surtout par les épitaphes une courte histoire de la Romaine sous la République et sous l'Empire apparaît possible.

Elle est d'abord la pieuse, la pudique et la réservée. Elle garde la maison, domam servcwit, domiseda, et elle file la laine. La sévère image de Claudia (2), dont l'épitaphe date du temps des Gracques,nous semble contemporaine des inscriptions consacrées aux Scipions : c'est la même humanité et ce sont presque les mêmes vertus. Ces femmes ont armé leurs maris contre Hannibal, ont aux jours de siège donné leurs chevelures pour les machines de guerre, puis sont rentrées dans l'ombre de leur vie, personnifiant autour du foyer romain les vertus graves et chastes de la race. Bien longtemps après que ce type aura disparu, que la femme romaine se sera pliée à des formes nouvelles d'existence, à un autre rôle social et moral, on célébrera encore en elle les qualités de l'ancêtre. D'elles toutes il sera dit encore :

| l) BuECHELER, IOl5.

(2; Ibid., 02 (3a),

LaniBca, pia, pudica, frugi, casta, domiseda (i),

ou bien,

Dulcis, casta viro, reverens, pia, kara, Gdelis (2),

ou bien encore,

Casta, pudens, volgei nescia, feida viro (i).

D'ailleurs le lanificium, cet attribut essentiel de la Romaine, subsistera longtemps dans l'histoire des mœurs. Musonius Rufus, stoïcien du premier siècle après Jésus-Christ, cité par Stobée (4), dit que la grande occupation des femmes de son temps était de filer et de tisser. Des femmes comme la Cynthie de Properce et la Délie de Tibulle ne manquent pas à cette coutume. Quand ce dernier, pour adoucir son chagrin d'une séparation, se représente le moment où il reverra sa bien-aimée, il l'évoque le soir, près de sa lampe, écoutant les contes d'une vieille femme, au milieu de servantes qui filent la laine (5).

Pourtant, dès les premiers jours de l'Empire, la formule se modifie. A la matrone succède la femme du monde. L'époux regrette dans l'épouse non plus seulement une piété, une fidélité, une pudeur, mais une grâce et un charme disparus. La légèreté aisée

(1) Buecheler, 237.

[a) Ibid., 1 192.

(3) lbid., 959, A.

{!,) Stobée, Florileglum, Ed. Meineke, it, a 32.

(5) Tibulle, 1, 3, 85.

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