‹ Poésie latineChapitre 26 sur 82 · puer Népos laissait un enfant · texte numérisé non relu

puer Népos laissait un enfant

46. — ira Jovis (la colère du ciel, les intempéries) Macarius, Fabretti, Burmann, Wernsdorf, Meyer ; cf. Ovide Met. XV, 871.

quod nec Jovis ira, nec ignis Nec poterit ferrum nec edax abolere vetustas. ira Jovis] ipse rogus Bûcheler ; cf. Ovide Amor. III, 9, 28 :

Diffugiunt avidos carmina sola rogos.

Stace, Silv. III, 3, 37 :

nos non arsnra fer émus Munera. hora mens Labbé ; unda maris Gruter.

Qui cum, dum haberet clausam in castello animu-

[lam Mortalem, ad superos licitum est, /înitam ad diera Parce pudensque vixit omni tempore, Auruncus eraf, Fusius erat nomine Magister ludi litterari Philocalus, 5

Summa quom castitate in discipulos suos, Idemque testamenta scripsit cum fide, Nec quoiquamjHS negavit, laesit neninem.

Ita decucurrit vitam fidus sine metu.

Ejus ossa nunc hic sita sunt posita a cen/uris. 10

C. I. L. X, 3969 ; Wilm. 579 ; Bùch. 91. Nissen, Herm. I, p. 148 ; Boissier La fin du paganisme, t. I, p. 151.

Epitaphe de Philocalus.

Actuellement au Musée de Naples, elle doit être originaire de Capoue. Les lettres sont à demi effacées.

Au-dessous, Fusius Philocalus, maître d'école, est représenté assis dans sa chaire, ayant à ses côtés deux élèves, une fille et un garçon (1).

Sénaires ïambiques.

Nissen voulait faire remonter cette inscription jusqu'aux derniers temps de la République. Les mots clausa in castello animiila, au v. 1, évoquent tout de suite le temps d'Hadrien (voy. plus loin, sur les vers de cet empereur, p. 122) ; l'épel quom pour la préposition, v. 6, était encore pratiqué, ne fûtce que par des contemporains archaïsants comme Fronton ; quant au génitif litterari, v. 5 pour litterarii, il est, lui aussi, plutôt favorable à une date tardive, voy. Kûhner, Ausf. Gr. der lat. Spr., t. I, p. 286 (§ 103, rem. 9).

1. — Quicum... pour cette première phrase, dont il est à peu près impossible d'obtenir un mot à mot satisfaisant, l'explication la plus vraisemblable est celle que donne Rùcheler. Si, au lieu d'avoir affaire à une inscription, nous nous trouvions en présence d'un manuscrit, nous n'hésiterions pas à voir ici une transposition de mots et à en rétablir l'ordre de la manière suivante : Qui cum haberet

(i) Cf. ce que dit Suétone, De Grammal. 9. de la statue que les Bénéventins élevèrent à leur compatriote Orbilius, le maître d'Horace : sedentis ac palliati, appositis duobus scriniis.

clausam in castello animulam mortalem, ad superos, du m licitum est, finitam ad diem pudens vixit. Pourquoi ne pas admettre que ce soit là ce qu'a voulu dire l'auteur de l'inscription, et qu'il y ait eu dans [notre texte une interversion de cum et de dam, par la faute du lapicide probablement, ou peut-être de l'auteur lui-même, ce qui, d'ailleurs importe peu? Bien moins acceptable nous paraît être l'idée proposée autrefois par Mommsen et adoptée, non sans hésitation par Wilmanns (1), à savoir que l'épitaphe de Pbilocalus était précédée de celle de sa femme, que c'est celle-ci qui parlerait, et qu'il faut lire quiciim et entendre : Celui avec qui j'ai passé ma vie etc.. (2)

in castello exactement, château d'eau ; l'âme est enfermée dans le corps, contenue par lui comme l'eau dans le réservoir de l'aqueduc.

2. — ad superos (cf. plus loin 57, 4) chez ceux qui sont en haut (par rapport aux enfers), chez les hommes, sur la terre; expression qui n'est pas rare dans les inscriptions funéraires et qui se rencontre dans la littérature; Virgile, Aeu, VI, 481 ; mnltum fleti ad superos ; on disait aussi apud superos, Vellej. Pat. II, 48, 2 : quam apud superos habuerat magnitudinem.

(i) Dans son commentaire, Wilmanns reconnaît que Bùcheler peut bien avoir vu juste: (Bnechclerus) recte fartasse socordiae arguit quadra- Lirium.

(2) Qaicum mihi (seil. uxori qwie titulum posuit, vov. en effet, plus bas, comment, du v. 10) agere vitam ad superos licitum est, dum haberet animam , is... vixit. »

3. — Parce] Pie Nissen, Wilmanns, à tort; parce est d'ailleurs très bien justifié parla situation précaire de Philocalus, qui rédige des testaments pour ajouter à son gain professionnel, v. 6; voy. Boissier, ouvr. cité, p. 151 : « Ainsi son métier ne lui suffisait pas pour vivre, et il avait jugé bon d'y joindre une autre industrie, à peu près comme nos maîtres d'écoles qui étaient en même temps chantres d'église ou secrétaires de mairie ».

4. — Auruncus du pays des Aurunces, dans le nord de la Campanie. Leur ville principale était Suessa Aurunca, où naquit Lucilius ; Philocalus était donc, de plus ou moins près, son compatriote.

erat... erat cette répétition, sans raison d'être, induit à supposer un modèle dans lequel prenait place un nom plus long que Fusius ; c'est pour remplir le vide que l'on a introduit un second erat, ce qui n'empêche pas le vers d'être faux.

Fusius Furius ou Curius Zangemeister.

5. — Philocalus Chilocalus Nissen, Boissier; mais on ne cite pas d'exemple de ce nom (quod omnino nomen non est Wilmanns).

7. — testamenta scripsit voy. la note du v. 3 ; Mommsen rapproche de ce Philocalus un copiste de Vénafre qui testamenta scripsit annos XIV sine jurisconsulte) (Henzen, 7236) ; Bùcheler y ajoute l'indication d'un testamentarius dont il est question au C. I. L. II, 1734 ; il renvoie aussi à Pétrone Sat., 46, où il est question de maîtres plus ou moins besogneux.

8. — jus negavit Mommsen, Wilmanns] lite nocuit Nissen; pernegavit Zangemeister, Bùcheler. Sur la pierre, Fiorelli déchiffrait eus. necavit. Nissen, ensn... vit; ces indications sont plus favorables à la leçon jus negcwit, qu'à pernegavit (qui peut s'expliquer par l'ellipse du régime, débita).

9. — decucurrit vitam cf. Properce II, 15, 41 : Qualem si cuncti cuperent decurrere vitam; Phèdre IV, 1, 1 non vitam modo Tristem decurrit. Plaute dit aussi decursum spatium vitae, aetatis (Merc. III, 2, 4 : Stich. I, 2, 33). Il est possible que l'idée de cette expression soit empruntée à la course du soleil : elle lui est appliquée à deux reprises dans le Panégyrique de Messalla, aux vers 51 et 160 ; voy. de même Sénèque, Afe<i.,30;et c'est sans doute pourquoi Lucrèce a pu dire, III, 1042: decurso lumine vitae.

10. — Posita a centuris Mommsen, Bùcheler] posit A., ris viro Nissen, Wilmanns; posit pour posivit, posiit (on lit en effet poseit C. I. L. I, 1281 et 1283; cf. Neue, Form. der lat. Spr. t. II, p. 507) ; A... ris représenterait le nom de la femme de Philocalus. Mais l'état matériel de l'inscription n'autorise pas cette conjecture puisque l'on déchiffre bien posita a centuris, (1) et que ces mots présentent un sens satisfaisant. Il s'agit d'un collège funéraire. Les collegia funeraticia, sous les Empe-

fi) Ou ceniuris ; mais cet i, s'il n'est un ( mutilé, ne peut provenir <juc d'une faute du lapicide.

reurs, étaient les seules associations qui pouvaient se passer d'une autorisation spéciale soit du Prince, soit du Sénat ; ils ' avaient le droit 'de se réunir, au moins une lois par mois, pour le règlement des cotisations, et davantage pour des motifs religieux. On s'explique dès lors qu'ils aient pris vite une très grande extension ; un collège funéraire, quand le nombre de ses membres était devenu considérable, se partageait comme une gens (1) en familles plus petites, centuriae ou decuriae qui aux dévotions communes en ajoutaient chacune de particulières. Cf. Boissier, Relig. rom. t. II, p. 279; 271 suiv. — C'est de ces centuries qu'il est question ici.

(i) Voy. Boucbé-Leclerq, Inst. iîom./p. 4^5 ; ces collèges funéraires, « où pouvaient entrer les esclaves avec la permission de leur maître, reproduisent avec une exactitude frappante les règles et les coutumes du culte gentilice ».

Ursus togatus vitrea qui primus pila

Lusi decenter cum meis lusoribus

Laudante populo maximis clamoribus

Thermis Traiiani, thermis Agrippae et Titi,

Multum etNeronis, si tamen mihi creditis, 5

Ego sum. Ovantes convenite, pilicrepi,

Statuamque amici floribus, violis rosis

Folioque multo adque unguento marcido

Onerate amantes et merum profundite.

Nigrum Falernum aut Setinum aut Caecubum 10

Vivo ac volenti de apotheca dominica

Ursumque canite voce concordi senem

Hilarem, jocosum, pilicrepum, scholasticum,

Qui vicit omnes antecessores suos

Sensu, décore adque arte suptilissima. 15

Nunc vera versu verba dicamus senes :

Sum victus ipse, fateor, a ter consule

Vero patrono, nec semel sed saepius,

Cujus libenter dicor exodiarius.

C. I. L. VI, 9797 : Orelli 2591 ; Burm. III, 29 ; Meyer 890 j Wilm. 574 ; Bùch. 29 ; Borghesi Bull. Neap. 77. s. 2, p. 44, et Op. V, p. 352 ; Henzen Bull. Inst. archéol. 1866,175; MoiTmisen,£/7/7.e/}i</r.I,p.55.

Epitaphe d'Ursus.

Trouvée à Rome, en 1592 : aujourd'hui, à la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican.

Sénaires ïambiques.

Le Verus, dont il est question au v.| 18, est M. Annius Verus, beau-père d'Antonin le Pieux et grand-père de Marc-Aurèle ; il fut consul pour la deuxième fois en 121 ap. J. C, pour la troisième en 126 ; il avait dû l'être pour la première fois dans les dernières années du règne de Domitien; voy. J. Klein, Fasti consul. p.60n. 5, et p. 62. L'inscription doit donc être des environs de l'an 120 ou 130 ap. J. C.

L'apex (1) ne paraît pas moins de soixante-cinq fois dans ces dix-neuf vers, et il est toujours bien placé.

Vers 1 et 2. — Ursus ce nom se lit sur d'autres inscriptions, voy. Wilm. 314 (t. I, p. 105, testament de Dasumius : Ursi Seruiani domini meï), et 1345 (Urso Serviano, consul pour la deuxième fois en l'an 102 ap. J. C, voy. Klein, Fasti consul. p. 54).

togatus vitrea qui primus pila Lusi decenter. Il y a dans cette phrase trois incertitudes difficiles à trancher, et dont les solutions dépendent plus ou moins les unes des autres : togatus serait-il un cognomen, Togatus ? l'épithète vitrea signifie-t-elle « en verre » ou « couleur de verre »? primus porte-

(i) Voy. plus haut, p. 78, n. 1.

t-il sur togatus, sur vit rea pila ou sur lusi decenter ? (1).

Primus ne peut porter que sur l'une des deux dernières expressions, si togatus, comme le veut Burmann et comme nous penchons à le croire, est un cognomen ; mais ceci n'est pas démontré, et, au cas où togatus serait un participe, il n'y a rien d'impossible à ce qu'Ursus entende qu'il a été le premier à jouer de la balle « en toge ». Pour cet exercice, en effet, on se mettait nu (2) ; cependant, Trimalchion, chez Pétrone (3), à cause de son âge, joue à la balle en tunique. Le jeu, déjà moins commode si l'on portait une tunique que si l'on était libre de tout vêtement, devait être fort difficile sous la toge; il devenait alors un véritable tour de de force, et l'on concevra, par cela même, qu'Ursus se vante d'avoir été le premier à y réussir. Voilà donc une première interprétation qui, à notre connaissance, n'a été proposée nulle part et qui peut se défendre.

Togatus étant considéré comme un cognomen, le mot primus peut concerner vitrea pila, si vitrea signifie ici « en verre ». Cette opinion est celle de Ferrari (lib. I Elect. cap. 6 ) : l'invention et le talent d'Ursus auraient consisté à jouer avec une

(i) Voy. même plus loin, p. io3, n. 2, une quatrième idée, celle de Juste- Lipse.

(2) Voy., sur les jeux de balle chez les Romains, Guhl et Koner, La vie antique (Rome), trad. franc., p. 357.

(3) Sat. 27 : Videmus senem calvum, tunica vestitum russa, inler pueros capillatos, ludentem pila.

balle de verre, creuse et fragile, qui devait se briser si elle frappait le sol, et dont le maniement exigeait par conséquent une remarquable adresse. Nous trouvons bien pila vîtrea chez Sénèque, Nat% Qnaest. I, 6, 5, mais désignant un globe de verre creux et rempli d'eau qui servait de loupe pour déchiffrer l'écriture trop fine. D'autre part, il est certain que vitreus est très souvent employé pour signifier la couleur et l'aspect du verre (1) : vert d'eau, luisant ou transparent, verdàtre et poli. Les nombreux passages des poètes latins, où le mot est pris dans ce sens, et ses différentes nuances, ont été relevés et examinés avec soin par Hugo Blùmner (2). On sait aussi, (3) et, en l' absence de renseignement on devinerait qu'il y avait des balles peintes ou décorées d'emblèmes et de figures variées, des balles en étoffe de couleur. On a même pensé que cette couleur était en général le vert, en s'appuyant sur une phrase de Pétrone, Sat. 27 : pater familias qui soleatus pila prasina (4) exercebatur. A vrai dire, ce passage ne prouve guère ; et même, qui ne voit qu'on le retournerait aisément contre ceux qui l'invoquent ? Si pila prasina peut à

(i) Le verre des Anciens, même de belle qualité, n'était pas incolore comme le nôtre : il conservait une teinte vert-bouteille.

(2) Die Farbenbezeichnungen bei den Rômischen Dichtern ; Berlin, 189a.

(3) Cf. Ovide, Metam., X, 26a.

(4) Exactement, de la couleur du poireau ; mot emprunté au grec, itpdfoivoç.

coup sûr signifier « la balle, qui est verte », il peut aussi désigner « une balle verte », et, si le personnage qui parle chez Pétrone, prend soin de noter la couleur, c'est peut-être justement parce qu'elle n'était pas celle de la plupart des balles.

Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier que l'interprétation de vitrea, dans notre inscription, par couleur ou aspect du verre, sans qu'elle s'impose, est parfaitement légitime (1). En ce cas, primus porterait, non sur lusi seul, ce qui donne un sens invraisemblable, (2) puisque ces jeux étaient anciens et répandus (3), mais, comme l'a bien vu Scriverius (4) dans des notes manuscrites à Martial, sur le groupe lusi decentcr : « J'ai été le premier à jouer comme il faut, avec la grâce qui convient. » Il y aurait làbiende l'orgueil, sans rien de précis dans l'innovation.

Pour conclure, nous pensons volontiers, que togatus est un cognomen, que vitrea pila désigne une i>alle de verre, et que c'est sur ces mots que porte primus ; mais il serait téméraire de rien affirmer, et l'explication donnée p. 101 est peut-être la vraie.

(i) Ovide, Ars amal., III, 36i, parle de pilue levés, balles à la surface lisse.

(a) Juste-Lipse (dans une note à Sénèque) imagine qu'Ursus veut dire : j'ai été le premier à jouer ainsi dans les thermes de Trajan, d'Agrippa et de Titus, voy. vers 4.

1 (3) D'ailleurs, ce sens est en contradiction avec le vers ii, dans equel Ursus parle de ses prédécesseurs : omnes anlecessores.

(4) P. Schrtver (i 576-1660), auteur, entre autres livres, d'une édition de Martial.

4 et 5. — Thermis... et Neronis. Les thermes de Trajan et ceux de Titus (ces derniers sur l'emplacement de la Maison Dorée de Néron) étaient les uns et les autres sur l'Oppius ; les thermes d' Agrippa (1) et ceux de Néron (2), dans la partie centrale du Champ de Mars.

6. — Ego sum bien que l'on puisse scander le vers en restituant à ego sa quantité d'origine (ego) et en élidant sum sur ovantes, il est plus naturel, à cause de la ponctuation forte, de voir dans le premier pied un tribraque : ëgô selon la prononciation habituelle et l'usage, même des poètes dactyliques, et sum, monosyllabe en hiatus (3).

pilicrepi ce nom technique des joueurs de balle est très rarement employé ; on n'en cite, chez les auteurs, qu'un exemple, Sénèque, Ad Lucilium, 56, 1 : Si vero pilicrepus supervenit et numerare coepit pilas. Turnèbe, Adv. VII, 4 (p. 119, col. 1) explique le mot comme il suit : qui pilas crepataut pila crêpante lusitat (nain pila crepitum facit) (4). Cl. Stace. Silv. I, 5, 57 : crêpantes audiiura pilas.

(i) Inaugurés en 19 av. J.-C, ils furent légués au peuple romain par Agrippa qui mourut en 12 av. J.-C. Un incendie les détruisit en l'an 80 de l'ère chrétienne ; on les restaura à plusieurs reprises, notamment sous Hadrien, entre n5 et 125 (Homo, Lex de topogr. rom. p. 64a).

(a) Construits en 64 ap. J.-C, ils devaient dans la suite être restaurés par Alexandre Sévère et devenir les Thermae Alexandrine.

(3) Voy. F. Plessis, Mèir. § 38, et cf. le cocto num adesl d'Horace, Sat., II, 2, 28.

(4) Turnèbe ajoute : quod facere solebant paulo anle balneum vel dam

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