vera versu verba allitération forte et redoublée
19. — exodiarius celui qui jouait dans l'exode (généralement une atellane), pièce amusante destinée à dissiper l'impression de tristesse laissée par la tragédie ; par conséquent, un acteur très inférieur à l'acteur tragique.
Cf. scol. de Juvénal à 3, 175 : exodiarius apud veteres in fine hidorum intrabat qui ridiculus foret.
(i) Sur la signification précise du mot apotheca, voy. Inscr. lat. d'Afrique par Carcopi.no et Fàcillon (Paris, igo4*, p. i5, et n. 5 de la même page.
Ne more pecoris otio transfungerer,
Menandri paucas vorti scitas fabulas
Et ipsus etiam sedulo finxi novas.
Id quale qualest chartis mandatum diu.
Verum vexatus animi curis anxiis, 5
Non nullis etiam corpom do/oribus,
Utrumque ut esset taediosum ultra modum,
Optatam mortem sum potitns. Ea mihi
Suo de more cuncta dat /examina.
Vos in sepulchro hoc elogium inc'idiie, 10
Quod sit docimento post nos navigantibus,
Inmodice ne quis vitae scopulis haereai,
Cum sit paratus portus e jac/a/ibus
Qui nos excipiat ad quietem perpetem.
Set jam valete donec \ita suppetii. 15
C. I. L. IX, 1164; Henzen 5605; Bùch. 97 ; Hase, Journ. des Savants, nov. 1854, p. 680 ; Quieherat Mél. dephilol. p. 89-106.
Epitaphe de M. Pomponius Bassulus.
Trouvée vers 1850 à quelque distance d'Aeclanum.
Au-dessus : d (is) M (anibus) M (arco) Pomponio M(arci) fil (io) M (arci) n(epoti) M (arci) pron (epoti) M(arci) abn (epoti) Cor(nelia) Bassulo II viro q (uin) q(uennali). — Au-dessous : Cant(ria) Long(ina) marit(o) opt (imo) b(ene) m(erenti) fecit.
Sénaires ïambiques.
Pomponius Bassulus, d'après ce qu'il nous apprend lui-même dans ces vers, était un poète comique, et il mit fin à ses jours, accablé à la fois desouffrances physiques et de peines morales. Bùcheler juge que les termes dans lesquels il parle de ses comédies, si on les rapproche des renseignements fournis par Pline le jeune sur Vergilius Romanus, conviennent au temps de Trajan et d'Hadrien. Voici le passage de Pline, Epist. VI, 21, 2 sq. :... nuper audii Vergilium Romanum paucis legentem comoediam, ad exemplar veteris comoediae scriptam tam bene ut esse quandoque possit exemplar... scripsit comoedias, Menandrum aliosque aetatis ejusdem aemulatus ; licet has înter Plautinas Terentianasque numeres. Nunc primum se in vetere comoedia, sed non tamquam inciperet, ostendit. Il faut quelque bonne volonté pour voir beaucoup de rapports entre ce que Pomponius nous dit de ses pièces et ce que nous conte Pline le jeune de celles de Vergilius : celui-ci s'est exercé à plusieurs reprises dans le genre de la Comédie Ancienne ; il
est vrai qu'il a, entre temps, imité Ménandre et les auteurs de la Comédie Nouvelle, comme Pomponius nous dit l'avoir fait, v. 2 ; mais cette imitation de Ménandre est de toutes les époques de la comédie romaine et, par conséquent, n'en caractérise aucune. Il est plus intéressant, pour fixer à peu près la date de l'inscription, de rappeler qu'il y a eu, en 126 sous Hadrien, un consul nommé Ambibulus Pomponius Longinus ; voy. Klein Fasti consul, p. 62 ; cf. Mommsen, Hermès III, p. 467 et C. 1. L. IX, 1165. Nous pouvons donc avec vraisemblance attribuer cette épitaphe au IIe siècle de l'ère chrétienne, probablement aux environs de l'an 150 (1). En tout cas, elle est postérieure à Trajan (mort en 117) puisque c'est sous Hadrien, que le nombre des magistrats d'Aeclanum fut réduit de quatre à deux, en même temps que cette ville, de colonie, devenait municipe.
Lachmann, Ritschl, Mommsen ont donné leurs soins à la restitution de ce texte dont dix vers, sur seize, sont mutilés (v. 6 à 15). Quicherat s'en est même occupé à deux reprises ; Bûcheler ne connaît que la première de ces deux recensions qui fut proposée dans la Revue Archéologique de l'année 1854, p. 744; la seconde se trouve dans les Mélanges de Philologie (2), publiés en 1879, p. 99-106.
(i) Hase [Journal des Savants, nov. i854. p. 680) voulait faire de Pomponius un contemporain de Caracalla, Macrin et Elagabal, 211 à 222 ap. J.-C.
(2) Où la première est reproduite, p. 89-99.
1. — Ne more pecoris... Quicherat (Mél. p. 92) renvoie à de nombreux passages d'auteurs latins pour les locutions more ou ritu pecorum, pecudum, ferae ou ferarum ; mais il est impossible que la pensée ne se reporte pas tout d'abord au début du Catilina de Salluste : Omnis homines qui sese student praestare ceteris animcdibus, summa ope niti decet ne vitam silentio transeant velutipecora...
transfungerer c'est le seul exemple de l'emploi de ce verbe dont l'existence eût d'ailleurs été révélée par l'adjectif transfunctorins qui se lit deux fois chez Tertullien, Adu. Marcion. 1, 27 et Adv. Valent., 6.
3. ipsus archaïque, cf. au v. 2 vorti, 14 perpetem, 4 l'aphérèse qualest ; fautant d'usages de la langue de la comédie et de la conversation.
4. — qualest Haupt ponctue : Id, quale qucde, est, attribuant est à mandatum. Quicherat dit : « quale quale tout seul semble bien gauche » ; on pouvait lui répondre que mandatum tout seul ne plaît pas davantage ; mais, dans sa première récension, il était allé au-devant de cette objection, en proposant chartist ; il y a renoncé par la suite. L'ellipse de est avec mandatum nous paraît cependant |plus acceptable qu'avec quale quale (1) ; en tout cas, il n'y a pas lieu de modifier le texte même de l'inscription, comme le font Lachmann
(i) Rîtschl a eu la singulière idée d'intercaler un vers de sa façon ld, quale quale est, chartis mandatum din Vitae mi agundae delectamento fuit. (4 bis)
et Ritschl, en substituant quale est à qualest, gardé avec raison par Bùcheler.
diu. — Quicherat (lre réc.), lisant bu sur son fac-similé, conjecturait dais (forme archaïque de bis) : Pomponius aurait donné deux éditions de ses comédies, « la première ne contenant peut-être que des pièces traduites, la seconde en tout cas plus complète ». Plus tard, il est revenu à diu, voy. ouvr. cité p. 94, 100 et 105.
7. — ut esset serait pour ut erat à l'époque classique, selon Quicherat, ouvr. cité, p. 101, il ajoute que ut, « vu que », « attendu que », se construisait avec l'indicatif, mais qu'à partir du deuxième siècle ap. J.-C, les auteurs secondaires font abus du subjonctif avec les conjonctions. Or ut esset dépend tout simplement de vexatus ; et, si nous citons l'observation de Quicherat, c'est afin d'en tirer une leçon de modestie pour les philologues,
— et d'indulgence vis-à-vis des contre-sens, puisqu'un latiniste tel que lui pouvait en commettre un aussi bizarre.
taediosum ultra Lachmann, Bùcheler] taedio mi ultra Ritschl ; taedio supra Haupt, Quicherat.
— Les raisons de ce dernier pour écarter le texte de Lachmann sont bien insuffisantes : il trouve « horrible » le mot taediosum ! c'est affaire de goût: cet adjectif est formé tout aussi régulièrement que formosus ou speciosus ou contumeliosus. Nous ne sommes pas d'ailleurs, comme Quicherat le croit, réduits pour constater son existence en
latin à un témoignage unique, celui de Firmicus Maternus le païen, Mathesis I. 3, extr. ; il y en a un second, un peu plus tard dans le ive siècle, chez Saint Ambroise, De off. I, 22, 100. La conjecture de Haupt a l'inconvénient de n'introduire que six lettres là où, paraît-il, il en manque neuf. 8 et 9. — Lachmann :
Optatam mortem sum adsecutus ; ea mihi Suo de more cuncta dat relevamina.
Ritschl
Optatam mortem sum aptus : quae dédit mihi Suo de more cuncta consolamina.
Haupt :
Optatam mortem sum secutus, ut mihi Suo de more cuncta donaret bona.
Quicherat :
Optatam mortem sum adprecatus : quae mihi Suo de more cuncta contulit bona.
Depuis que ces restitutions ont été proposées, on a déchiffré sur la pierre po ou même pot au v. 8 après sum, ce qui montre qu'elles étaient toutes fautives, tout au moins pour ce vers. Quant aux mots relevamen et consolamen, qualifiés de « monstres » par Quicherat, le premier se lit chez Priscien, Perieg. 440, le second chez saint Jérôme, Ep. 62. Bùcheler, dont nous suivons le texte, rappelle que levamina est proposé par Quicherat (ou solamina), dans sa première récension
dans la seconde Quicherat Ta rejeté, préférant bona, de Haupt. Il fait à dat, de Lachmann, l'objection que le temps est impropre et qu'il faudrait dédit ; cependant lui-même, l'e réc. (ouvr. cité p. 95), supposait indifféremment tulit ou fert, et le présent, ici, n'a en effet rien de surprenant : puisque Pomponius parle aux vivants, il est censé, à ce moment tout au moins, se survivre et avoir conscience de son passé ; par conséquent, il peut considérer le soulagement apporté à ses maux comme durant encore.
10. — hoc elogium incidite Bùcheler] hoc dicier concedite Lachmann ; hoc ne quid oro laedite Ritschl ; hoc elogium, oro, incidite Haupt ; socii, carmen indite Quicherat, l'e réc. ; socii, epigramma incidite, 2e réc. — On voit que le texte de Bùcheler, auquel nous nous rangeons vient de la conjecture de Haupt; mais oro n'eût pas tenu avec le reste dans l'espace qu'il s'agit de remplir ; et ce mot n'est nullement nécessaire pour scander le vers, si nous supposons un hiatus à la césure, après sep utero.
11. — nos navigantibus Paul Lejay. — D'après Brunn et Hirschfeld, voici ce que l'on déchiffre sur la pierre : post fo. q ibus. Dans des conditions pareilles, on ne peut se montrer sévère pour les tentatives de restitution de Haupt, postfuturis omnibus et de Ritschl, post fatales exitus, leçons, que, paraît-il, l'état matériel de l'inscription ne permet pas d'accepter; à plus forte raison, pour
Quicherat, qui avait sous les yeux un fac-similé insuffisant, qui s'en rendait compte et qui fait des réserves à cet égard (par ex. ouvr. cité, p. 95 et 96) : lie réc. : postibi nepotibus; 2e réc. : post mansuris versibus. En revanche, la correction de Lachmann apparaît franchement mauvaise ; pour la comprendre, il faut savoir comment il remplit la lacune du vers suivant :
Quod sit docimento post futuris, maxsimus Inmodice ne quis vitae scopulus terreat.
Bùcheler, dans son commentaire, se demande s'il ne faudrait pas lire locos adeuntibus. La lettre q nous avait suggéré l'idée de querentibus ; mais le groupe lièrent ne donne que six lettres où il en faudrait sept. D'autre part, la lettre f dans le groupe fo n'est guère vraisemblable et fait soupçonner une faute de gravure ou de lecture. — La conjecture de P. Lejay nous a paru la plus satisfaisante.
12. — scopulis haereat Boissonade (voy. Quicherat, ouvr. cité, p. 103), Bùcheler] scopulos horreat Ritschl ; scoputos retineat Haupt ; scopulis rémanent Quicherat (pour le texte de Lachmann, voy. comment, du v. précédent). — C'est dans une lettre, en date du 27 mars 1855, que Boissonade proposait à Quicherat le texte que nous adoptons, en renvoyant à Ovide, Heroîd. 10, 136 : haerentem scopulo, et à Virgile Aen. IV, 445 : Ipsa haeret scopulis. Quicherat l'écarta, parce que, dans son fac-
si mile inexact, le /vers se terminait par — neat.
13. — e jactatibus Quicherat] ejaculantibus Lachmann, Bùcheler; flagitantibus Ritschl, Haupt. Selon Brunn, cette dernière conjecture serait justifiée par l'aspect de l'inscription ; Dressel est d'un avis contraire, et, au lieu de ejac, lit plac, d'où le placidus nantibus de Krascheninnikoff (où Bùcheler préférerait avec raison omnibus à nantibus). Malgré l'approbation de Bùcheler, et son explication (1), la leçon de Lachmann nous paraît inacceptable. Est-on en droit de faire à celle de Quicherat l'objection que trois lettres seulement, tat, sont insuffisantes à remplir la lacune? Il faudrait, pour se prononcer, avoir sous les yeux l'inscription elle-même ; dans le doute, nous avons cru pouvoir admettre e jactatibus, tant ce texte est satisfaisant quant au sens.
14. — quietem psrpetem sur cette restitution, due sans doute à Lachmann, tous les philologues sont d'accord; le cas est trop rare pour ne pas mériter d'être signalé.
15. — vita suppetit Quicherat, 2e réc] vivere expedit Lachmann, Ritschl, Haupt, Bùcheler; vita supererit Quicherat, l'e réc. — Bùcheler constate qu'il manque huit lettres ; or la leçon vivere expedit en introduit neuf, tandis que vita suppetit
(i) (Ejaculanlibus): ita Lachmamus bene. Non active dici puto qui vitam eiciant, sed neutrali forma vi passiva qui se ejaculent, ut vehentes sunt qui vehuntur, exercentes qui se exercent. Eiciendi verbum frequens in naufraqiis, cf.Lucr., III, 875; Cic. Tusc, II, 67.
en donne justement huit ; et Quicherat l'appuie en outre sur de nombreuses références ; ainsi : Cicéron, De fin. I, 11 ; Tite-Live XL, 56, 7; Pline le jeune, V, 5, 8 ; Bell. Afr. 92, 1. — On est moins sensible à l'argument que donne d'abord Quicherat, que le donec vivere expedit introduit une idée contraire au stoïcisme de l'auteur « qui ne voit dans la vie que des épreuves ». Pomponius n'a pas exprimé une opinion si générale : il dit que la vie est devenue cruelle pour lui, physiquement et moralement ; c'est autre chose.
Eus tu viator, veni hoc et queiesce pusilu. Innuis et negitas? tamen hoc redeudus tibi.