C. I. L. VI, 5302 ; Wilm. 534 ; Bùch
Epitaphe d'une jeune femme qui fut, semble-t-il, assassinée par un voleur qu'avaient tenté ses bijoux.
Trouvée sur la Voie Appienne, dans un columbarium ; les lettres, élégantes et très petites, sont de la meilleure époque.
Les quatre premiers vers sont gravés à gauche ; les quatre derniers, à droite. — Distiques élégiaques (voy. Comment., 2).
L'apex est mis neuf fois.
Trois vers faux (1 , 2 et 6), une phrase d'une syntaxe à peine explicable (au v. 7), s'associent dans cette épigramme à quelques vers agréables (par exemple, 4 et 8) et à des souvenirs d'expressions et de tours tout à fait littéraires. C'est une œuvre maladroite, mais intéressante par l'effort personnel de l'auteur, un affranchi probablement ou quelque plébéien, par sa tentative pour raconter une petite histoire... sur laquelle la gaucherie de l'exécution laisse planer un mystère irritant pour la curiosité.
Voici comment, avec Wilmanns, nous proposons de comprendre : « Prends garde de parer de trop de bijoux la femme que tu aimes ; sans doute, ne lui refuse pas une toilette digne d'elle; mais supprime le luxe qui attire l'attention; ce sera le moyen d'éviter le voleur et l'adultère. Celle qui m'était chère a été victime d'un serpent d'or qui ornait son bras (c'est-à-dire que son bracelet a tenté un voleur qui l'a tuée) ; et ce serpent, en
même temps qu'il la faisait mourir, m'a atteint au cœur d'une blessure qui ne guérira pas. »
1. — Si l'on essaye de scander, il faut : 1° ou supposer o devant quicumque, et en ce cas la dernière syllabe de juvenis est en surplus; 2° ou faire de quoi deux longues, ce qui n'est guère vraisemblable, et alors la première syllabe de quicumque est de trop.
En réalité, c'est tout simplement un vers par « à peu près ».
2. — Rien n'est plus facile que de compléter ce vers de manière à obtenir un hexamètre irréprochable : il n'y a qu'à intercaler un mot comme tcneros entre nîmis et vincire ; mais nous sommes convaincus que l'auteur a cru faire ici un pentamètre et qu'il ne s'est même pas aperçu qu'il lui donnait pour second hémistiche une fin d'hexamètre.
5. — Vestitu indulge, cf. Térence, Adephoe, I, 1, 38: Vestitu nimio indulges. Le datif en — u est la vraie forme de l'époque classique ; la flexion — ui ne prévaut que sous les Empereurs, voy. Bùch., Décl. lut., trad. Havet, 285, p. 176.
6. — Il manque une syllabe dans le second hémisiche ; la répétition de sic remplirait la lacune ; mais voy. ce qui est dit plus haut pour les v. 1 et 2 : l'auteur a dû faire le vers ainsi, et son oreille s'en est trouvée satisfaite.
7. — domina... ab artus (abartus en un seul mot dans l'inscription) ; Bùcheler explique : cousumpsit a domina artus, l'ordre du substantif et de la pré-
position étant renversé par anastrophe : domina ab. Nous donnons cette interprétation faute d'en découvrir une autre moins invraisemblable ; s'il s'agissait d'un texte paléograpbique, on pourrait proposer : consumpsit dominant speciosus et artus (artus adj. « étroit » ; qui serre le bras).
Fatales moneo ne quis me lugeat : Orbi Namque Secunda fui ; nunc tegor e cinere.
Hic ego securis jaceo super omnibus una, Natalis quia nos septimus ussit amor.
C. I. L. XIV, 2553, décr. par Gatti ; Bull. inst. Arch.y 1865, p. 252, décr. par Henzen ; Wilm. 575 ; Bûch. 1032.
Epitaphe de Secunda.
Trouvée sur le territoire de Tusculum ; aujourd'hui à Rome; plaque de marbre. Du commencement de l'Empire ; nombreux apex. Distiques élégiaques.
Au-dessus : alla I Secundde ; — au-dessous : Nâ. tdlis (lecture douteuse), puis : monument! III idïis Maiâs.
Sur l'autre côté du marbre, un certain Appuleius Eutychus rappelle la mort de son affranchie.
I et 2. — Fatales = modales ; cf. Properce, IV, 1,97 :
Fatales pueri, duo funera mat ris avarae ! « Enfants voués à la mort, double deuil d'une mère avide ! »
II doit y avoir, comme Bùcheler le soupçonne, une intention d'opposition symétrique entre Fatales au début de v. 1 et Natalis au début du v. 4, comme entre Secunda (v. 2) et Septimus (v. 4). L'auteur ne s'est pas contenté de donner à cette épigramme une allure d'énigme : il y a mis en outre, des jeux de mots.
Le maître de Secunda, qui l'avait peut-être épousée, se nommait Orbius Natalis.
Orbi — Secunda la Secunda d'Orbius, c'est-à-dire Secunda, la femme d'Orbius ; cf. Lucain II, 343 : ... liceat tumulo scripsisse : Catonis
Marcia.
nunc tegor e cinere à présent je suis ensevelie, étant faite de cendre ; il nous semble que l'on peut
comprendre cette expression, en la rapprochant, par exemple, de statua ex aère.
3 et 4. — securis = mortuis ; ceux qui sont en sûreté, à l'abri des maux de la vie, dans la paix. Cf., dans le recueil de Wilmanns, 246 : Securitati sacrum Claudiae, et ce qui est dit en note; cf. ibid., 232, note.
ussit jeu de mots : Natalis, qui l'aimait, l'a enflammée de passion et a fait brûler son corps pour lui rendre les derniers devoirs.
Mais que signifie septimus? Wilmanns expose deux interprétations, qu'il reconnaît d'ailleurs insuffisantes : Orbius Natalis a aimé Secunda pendant sept ans ; — ou bien Secunda serait la fille de cet Orbius, morte à sept ans. Bùcheler, supposant que Secunda peut avoir été la septième femme d'Orbius, ajoute avec raison qu'une telle mention conviendrait mieux à la malice joyeuse d'une épigramme (1) qu'à la gravité d'une inscription funéraire. Sa seconde explication nous paraît la plus simple et la plus vraisemblable : parmi les esclaves ou affranchies de Natalis, Secunda se trouve être la septième qu'il a aimée.
Ajoutons qu'en lui faisant dire que sa cendre est mise à part sur les cendres de toutes les autres
(i) Voyez en effet Mabtial, IX, i5 :
Jnscripsit tumulis septem scelerala virorum
« Se fecisse » Chloe. Quid pote simplicius ?
(jaceo super omnibus una), Orbius a (probablement entendu signifier qu'il l'avait aimée tout particulièrement ; ce qui n'était pas une raison — au contraire — pour lui infliger une épitaphe obscure et plaisante.
Tn quicumque morae patiens vis scire viator Parvolus hic «tris titulis quid noster aratus Reddat ager lacrimas, paulum consiste : docebo. Haec Aeli Steplmni quondam carissima conjux
Dum vixit, fnerat Flavia Nicopolis ; 5
Semper erit sed cara. mihi, eu m vita manebit, Atque aderit jam nulla quies nisi mortis imago :
In somnis repeto quam rapuere dei.
Semper ego, ut Mânes possint, audire iterabo,
Flavia Nicopolis, nomen dulce tuum, 10
Et tumulo spargam saepe meas lacrimas.
O mihi si superi vellent praestare roganti
Ut tuo de tumulo flos ego cerna novum Crescere vel viridi ramo vel flore amaranti Vel roseo vel purpureo violaeque nitore, 15
Ut qui praeteriens gressu tardante viator Viderit hos flores, titulum légat et sibi dicat :
Hoc flos est corpus Flaviae Nicopolis.
C. I. L., VI, 18385; Fabretti, Inscr. antiq., 69, 34; Burin. IV, 186; Meyer 1477 ; Bùch. 1184.
Epitaphe de Flavia Nicopolis.
Trouvée sur une plaque de marbre qui n'existe plus et qui était enfouie sur le bord de la Via Nomentana ou auprès de la porte Salaria (1).
Au-dessus : d(is) M(anibus) [Flaviaé] Nicopoli fecit T(itus) Aelius Aug(usti) lib(ertus) Stephcinus conjugi [carissi]mae et sibi et suis liberis, libertis libertabusq(ue) (2). — Il paraît que la pièce était disposée sur deux colonnes égales, et c'est pour cela que, le côté gauche du marbre étant mutilé, c'est le commencement des vers 1 à 9 qui manque et que l'on a restitué par conjecture.
Date incertaine (peut-être de l'époque d'Auguste).
Mélange irrégulier d'hexamètres et de pentamètres dactyliques.
11 y a, dans cette epitaphe, malgré quelques fautes de versification, un certain charme littéraire ; la qualité des vers s'y embellit d'une profonde tristesse, douce et résignée, et de la grâce même du nom de la jeune femme, Flavia Nicopolis.
1. — Tuquicumque morae Burmann] Si quis forte morae Biicheler.
2, 3. — L'auteur compare la plaque commémorative à un champ, où les vers représentent les
(i) La Via No:nentam se détachait, devant la Porte Colline (mur de Servius/, de la Via Salaria Nova ; celle-ci rejoignait la Via Salaria Vêtus, en franchissant la port; Salaria ; voy. Homo, Topotjr. rem., p. 673 et 67/1.
(2) Suivent des cDnslatations et des prescriptions relatives au monument.
sillons ; nous disons de même le champ d'un écu, en termes de blason, et, en termes d'art, le champ d'une toile quand le peintre n'y a encore rien tracé. Arare est d'ailleurs appliqué à l'écriture (1) par Martial, IV, 86, 11 : Inversa pueris arande (libelle) charta. Les mots atris titulis peuvent bien dépendre à la fois de reddat et de aratus, et l'épithète atris doit être prise au figuré. — Quid, adverbial, « pourquoi ».
Le texte que nous avons adopté pour les premiers mots de ces deux vers est celui de Bùcheler; ce n'est pas qu'il nous paraisse bien satisfaisant ; mais, ne nous croyant pas le droit de mettre en doute aratus, nous n'avons rien trouvé qui s'adapte mieux avec ce mot. Au v. 3, la conjecture de Bonada ut discas (Carm. ex ant. lapid., t. II, p. 404), est tout d'abord séduisante : mais elle fait double emploi avec le vis scire du v. 1.
6. — Semper erit sed cara mihi en proposant cette conjecture, nous n'avons pas la présomption de prétendre restituer le texte même de l'inscription ; nous tentons seulement de remplir une lacune de la manière la plus simple et en des termes possibles selon la logique du sens. Bonada écrivait : Quae insidet nunc cura mihi ; Bùcheler donne : Nec vivet non cara mihi, ce qui est à peine intelligible.
(i) Exarase, dans le sens d'écrire, se trouve chez Cicéron. C'est ainsi que pagina, avant de signifier une colonne d'écriture, désignait une treille ; cf. Brkal et Baillt, Dich. èlym latin, sous le mot pango.
7. — Atque aderit jamnulla quies Bonada] Délectât juin nulla quies, Bùcheler.
mortis imago, périphrase pour dire : le sommeil .
8. — Nous nous en sommes tenus, pour ce vers, au texte de Bùcheler, très vraisemblable quant au sens d'après les dernières lettres conservées.
9. — Semper ego ut Mânes possint... Burmann écrivait (1) : Ad te dam jubeant me fata redire.
10. — Il suffirait de renverser l'ordre des hémistiches pour que le vers devienne juste ; et c'est ce que fait Burmann, en note. Mais, outre que l'on n'a pas le droit d'agir ainsi vis-à-vis d'un texte épigraphique, ce vers faux — où du moins le dactyle se fait bien sentir — conserve assez de grâce charmante pour que l'on doive, de toute manière, s'abstenir d'y toucher.
nomen dulce, cf. 48, 11.
13. — flos au neutre, à la différence du v. 17, hos flores, et comme, plus bas, v. 18 : hoc flos ; cf. C. I. L. V., 5701 (Bùch., 103), v. 10 : omne flos.
cerna = cernam ; chute de m final, voy. 1, 5 Comment.
14. — flore amaranti la même fin de vers se lit dans une inscription du nf siècle de l'ère chré-
f i j Dans le texte qu'il met en note (t. II, p. i36, col. i), et qu'il donne moins pour une restitution que pour une réfection littéraire :
Conabor... lacunas resarcire ac transpositos, neque suo loco collocalos, versus in allquem ordinem revoeare, ui sallem commodo sensu legi possint.
tienne, trouvée à Nicopolis (au confluent du Danube et de l'Aluta), C. I. L., III. 754 (Bùch., 492), v. 23 : seu grato flore amaranthi.
18. — Flaviae avec la finale brève. Burmann proposait: Hic flos est corpus, Flavia Nicopolis (vocatif).
Tu qui secura spatiarus mente viator
Et nostri voltus derigis inferieis, Si quaeris quae sim, cinis en et tosta favilla,
Ante obitus tristeis Helvia Prima fui.
Conjuge sum Cadmo fructa Scrateio 5
Concordesque pari viximus ingenio.
Nunc data sum Diti longum mansura per aeum
Deducta et fatali igné et aqua Stygia.
C. I. L., IX, 1837, décrite par Mommsen I, 1220; P. L. M. E., LXXIX, b ; Orelli-Henzen 7413 ; Wilm. 560 ; Bûch. 960.
Epitaphe de Helvia Prima.
Trouvée à Bénévent parmi des matériaux destinés à la construction d'une église.
Bûcheler l'attribue à l'époque de César ; nous la croyons du règne d'Auguste, et de la fin plutôt que du commencement. En voici la raison : il est impossible de lire cette inscription sans que la pensée se reporte aussitôt vers les pièces 21 et 22 du premier livre de Properce ; on le verra par les rapprochements faits dans le commentaire, aux quatre premiers vers, et par la lecture de la pièce 21 de Properce, publiée ici même sous le n° 15. Comme, en dehors d'un souvenir de Catulle et d'une imitation de sa métrique et de ses flexions il y a des rencontres avec Lygdamus, Ovide et l'auteur du Culex, on jugera vraisemblable que l'auteur de notre épigramme était nourri de souvenirs pris chez les élégiaques, qu'il les a imités et, par conséquent, qu'il leur est postérieur. Si les formes, la versification, l'aspect général donnent l'idée de plus d'antiquité, il ne faut pas oublier que l'archaïsme était à la mode, et à sa place, sur des tombeaux.
Distiques élégiaques.
Il y a un apex sur Yi de Scrateio, au v. 5. et sur le premier de viximus, v. 6.