‹ Poésie latineChapitre 62 sur 82 · EPITAPHES D'ENFANTS · texte numérisé non relu

EPITAPHES D'ENFANTS

Acervam Ditis rapuit infantem domus

Nondum repletam vite dulci lumine,

Pulcram, decoram, quasi delicium celitu.

Flet pater et rogat tituli fidem,

Ut omnis aetas optet aei terram levem . 5

C. I. L. XIV, 1731 ; Cardinali dipîomi imperiali, p. 257 ; Bûch. 80.

Epitaphe d'Antia Successa, morte dans sa neuvième année.

Trouvée à Ostie. Sénaires ïambiques. Date incertaine (peut-être du premier siècle de l'ère chrétienne).

En tète : d (io) M (anibus) Varenes Blastenis conjugis benemerenti et sibi fecit Antius Successus itenque Antiae Successe filicte dulcissimae, quae super matrem suam vixit an. (= annum) m (inus) di (ebus) XXXX, quae fuit atdiem mortis suae annorum VIII me. (= mensium) VIII di.(= dierum) XVag.(l). A la suite des vers : hoc monimentum quoi est in parte dextra intrantibus adjectis columbaris n. (= numéro) XII lib. (ertis) liberta. (bus)poste(risq.) aerum (== aeorum, eorum).

Ces vers, qui ne sont pas sans grâce, doivent, ainsi que l'a vu Bùcheler, reproduire un modèle dont le quatrième vers a été maladroitement modifié, voy. Comment., 4.

1. — Acervam = acerbam. Pour cette confusion fréquente de b et de v, voy. les exemples suivants dans le recueil de Bùcheler : 1440, 10 et 1490, 2, acerva; 1339, 13 acervam; 266, 1 placavile ; 291, 2 raviem ; 473, 10 sociavimur ; 432, 4 veatum (=veatorum). — Au contraire b pour v : ici 60, 1 parbi ; 2 botis; Bùch. 189, 1 bibo ; 280, 2 bitis ; 114, 1 ebo (= aevo) ; 205, 1 ribus; 1345, 3 serbabit ; 1368, 2 exubias, etc.

(i) Selon Bùcheler, ces lettres représenteraient le commencement du mot acerva (= 6a), cf. v. i acervam infantem.

L'épithète acerbus s'applique généralement à la mort prématurée, non à la personne morte prématurément ; voy. pourtant, au même sens qu'ici « non mûre », « non formée », virginis acerbae chez Vairon (Agatho, 6), et cl. Ovide, Fast. IV, 647 :

Et pecus ante diem partus edebat acerbos.

2. — repletam... vite (= vitae) lumine, cf. Lucain III, 242 : vita repletos.

3. — celitu = caelitum, les dieux du ciel ; cf. Ennius, éd. L. Mùller, Fab. 187 : o magna templa caelitum ; 208 deum genns esse... dixi et dicam caelitum. Plaute, Rud., prol. 2 civitate caelitum. Et même à l'époque classique, Horace, Epodes 16, 56 ; Ovide, Metam., V, 322.

4. — Le vers est faux ; Bùcheler suppose que le modèle, qu'il a fallu altérer parce que la mère d'Antia était morte, devait donner ceci ou quelque chose d'anologue :

Fient pater et mater et rogant tituli fidem. Il ajoute : tituli pater fidem tamquam deorum Manium implorât.

aei = ei.

Umbrarum secura quies animaeqzie pionz/n,

Laudatae colitis quae loca sancta Erebi, Sedes insontem Magnillam ducite vestras

Per nemora et campos protinus Elysios.

Rapta est octavo fatis instantibus anno 5

Carpebat vitae tempora dum tenerae, Formosa et sensu mirabilis et super annos

Docta, decens, dulcis grataque blanditiis. Perpetuo talis gemitu lacrimisqzze colenda,

Infelix, aeyo tam cito quae caruit, 10

An felix aegrae potius subducta senectae ?

Sic Hecuba flevit Penthesilea minus.

C. I. L. VI, 21846 (vue par Bormann et Hùlsen) ; Fabretti, Inscr. antiq. 377, XXIX; Burm. IV, 117 Meyer 1246; Bùch. 1165.

Epitaphe de Magnilla, morte à huit ans.

Transférée de Rome à Urbino (Urbinum Hortense) ; gravée sur marbre en beaux caractères ; doit appartenir au commencement du 11e siècle de l'ère chrétienne. L'apex est mis fréquemment, plusieurs fois à tort (sur la finale de nemora, v. 4 ; sur celle de formosa, v. 7 ; et même sur des consonnesi m, s, t) (1).

Distiques élégiaques.

La valeur littéraire de cette epitaphe a été fort discutée. Tandis que Fabretti la jugeait digne de Catulle (2) et déclarait qu'il fallait ne rien entendre à la poésie pour ne pas la trouver hors ligne, Jacques d'Orville en critiquait la langue et le goût : il y relevait des impropriétés d'expression, sensu pour ingenio au v. 7, la construction de super annos avec docta, decens, etc. (même v. et suiv.), trouvait incorrect le distique 9-10, et demandait pourquoi les animae piorum sont qualifiées de laudatae (v. 2) (3). La vérité est, comme parfois, entre les opinions extrêmes : sans offrir rien de remarquable qui justifie l'admiration de Fabretti, cette petite pièce est écrite avec distinction et se termine sur un distique agréablement tourné.

2. — laudatae Aulu-Gelle, N. A. II, 6, 16 : «Laudare » significat prisca lingua nominare appella-

(i) Voy. plus haut, p. 78, n. 1.

(3) Et, trompé par la beauté des lettres, l'attribuait à l'époque même de Catulle.

(3) Voy. aussi. Comment, du v. 3, l'ellipse de ad ou in avec ducere ; c'est même là ce qui est le plus répréhensible dans cette épigramme.

reque... « Inlaudatus » autem est, quasi inlaadabilis, qui neque mentione mit memoria ulla dignus, neque umquam nominandus est... — Ames pieuses qui, célébrées, souvent nommées, habitez l'Erèbe : tel doit être le sens, assez naturel pour que l'on s'abstienne de partager l'étonnement de J. d'Orville. Cf. Lygdamus 5, 8 laudandae... sacra deae. — Une autre explication, moins vraisemblable, consisterait à voir ici une allusion à la laudatio funebris.

quae en postposition, après deux mots (1) plus bas au v. 10, après trois, comme dum, au v. 6.

3. — Sedes... Magnillam ducite ce n'est pas per, comme le voulait Meyer, mais ad ou in qu'il faut suppléer devant sedes. Cf. Tibulle I, 3, 57 suiv. : Sed me... Ipsa Venus campos ducet in Elysios. Chez Virgile, ellipse de ad (mais avec devenire), Aen. VI, 638 suiv. : Deuenere locos laetos... sedesque beatas.

7. — Sensu à la place duquel d'Orville aurait voulu voir ingenio, ce qui, d'ailleurs, aurait fait le vers en supprimant et. Burmann lui répond par des renvois à Horace et à Properce ; ni l'un, ni l'autre, à vrai dire, n'est concluant : dans le passage d'Horace, Sat. I, 4, 7(5, il se peut que sensus ait le même sens que Sat. I, 3, 66, le sentiment des convenances communes, non, comme le pense Burmann, celui de consilium et judicandi acumen.

(i) On peut, si l'on veut, supprimer la virgule après piorum et la mettre après laudulae : mais on a ainsi un rejet désagréable, inutilement, puisque rien, dans la langue ou la versification, ne s'oppose à l'apposition quae laudatae.

Quant au vers de Properce, IV, 11, 50, il y faut lire accessu ou assessu, non a sensu. Mais il n'est pas besoin de tant de recherches pour justifier l'auteur de l'épitaphe, qui a dit sans doute ce qu'il voulait dire, à savoir que |Maguilla avait [l'esprit admirablement juste, sensus signifiant bien ici opinion, jugement.

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