REVUE DE LA CRITIQUE. G
glorification de la bonté, du courage, du dévouement : l’apothéose de la rédemption de l’être humain et du pardon.
Ce premier volume renfermant des pièces de toutes les séries (1859, 1877, 1883), nous avons dû emprunter des articles et des fragments d’articles à des journaux ou à des revues publiés à ces diverses époques.
La Prefie.
Eugène PELLETAN.
.. Légende, c'est bien le nom de cette œuvre, vision et réalité à la fois, sorte de jugement dernier de l'humanité évanouie, où chaque siècle lève tour à tour sa tombe, écarte son suaire, regarde d’un œil mort, et après avoir montré sa plaie sur sa poitrine laisse retomber la pierre et replonge dans le gouffre du passé. Si bien qu'après avoir lu ce poème, notre temps, pris d'un secret épouvantement, pourrait dire une fois encore : Voilà l’homme qui revient de l'enfer.
IL en revient en effet, non pas de cet enfer sous terre imaginé par la poésie, mais de cet enfer à ciel ouvert appelé l’histoire.
.. Voilà, en courant, l’œuvre de Victor Hugo. On pourrait la critiquer, on la critiquera même sûrement. L'esprit de timidité voudra l’accepter sous bénéfice et marchander sa sympathie. Quant à nous, qui venons de la lire, et qui en avons encore le frisson, nous nous sentons plus de hardiesse, et, sans nous arrêter à tel ou tel détail de forme, nous affirmons purement et simplement notre admiration. Assurément, celui qui ne la partagerait pas aurait un sens de moins en poésie. La nature l’aurait fait tout au plus pour fredonner un couplet de chanson.
Cette œuvre ressemble à une création nouvelle au lendemain d’un cataclysme. L’inspiration comme la vie de la Genèse y bouillonne, y éclate à grands traits au milieu des flammes, des fumées sous les formes grandioses, fantastiques de Léviathans et de Titans. Le poète a vu les crimes de la terre, ces monstres de l’ordre moral. Il les a saisis de sa main de fer, il les à reproduits sous leur type démoniaque dans leur lugubre laideur. Les voilà, voyezles; voyez-vous vous-mêmes, et sous quelque nom, sous quelques prétextes qu’ils essaient
encore de reparaître, apprenez à les maudire.
Ce n’est pas que Victor Hugo entonne un chant de malédiction et comme le Dies ire de l'humanité. Il.incline, au contraire, à une doctrine universelle de rédemption, non seulement de l’homme, mais encore du dernier être, du dernier disgracié de la nature.
Il croit que, de proche en proche, l’immoralité, comme la difformité, remonte, par l'échelle mystérieuse du progrès, à la vertu et à la beauté. IL a pour toute déchéance une parole de compassion. Il amnistierait même Borgia, si Borgia pouvait avoir une bonne
| 4 pensée.
.. I à souffert. Il a appris à aimer. Aujourd’hui le poème du mal, demain le poème de l’amour, car l'amour dévore le mal comme le feu de l'autel.
Il souffre peut-être encore, l'ombre grandit devant lui, mais le ciel lui a donné le don de prophétie; mais debout sur la montagne il a vu le premier la terre promise étinceler au soleil levant. Il la montre du doigt à la jeunesse : qu’elle ait donc le courage de marcher.
Il a souffert. Gardons-nous de le plaindre pourtant. C’est la destinée du poète. Qu’estce donc que la corde de sa lyre sinon la fibre tordue? Le ciel l’aime trop pour le vouloir heureux du même bonheur que la multitude.
Il va par le monde seul et frappé au front d'un invincible tonnerre. Loi inexplicable, mais en apparence nécessaire, de l’histoire.
Tout ce qui naît de grand sur notre terre doit vivre dans l’épreuve.
A chaque étape de la civilisation, le poète du siècle, Homère, Virgile, Dante, Shakespeare, Milton, apparaît tour à tour à une époque de trouble, et disparaît dans la tempète. Le désert déroule à l'infini sa funèbre immensité. Plus de verdure, plus de moisson, plus de joie de la nature, plus de fête pour l'œil, plus de trace de vie, que la ligne blanchissante de la caravane engloutie par le sinoun. Rien que le vide et l’accablement du vide, et le silence et l’espace et le famboiement de l’atmosphère visible et vibrante sur le sable comme la trame en mouvement du tisserand. Là, loin de la source, de la brise, de la fleur, de la fauvette, l’aloès, âpre et solitaire, dresse au ciel son armure hérissée d’épines.
Mais, sous les rayons du soleil et sous les vents de feu, son écorce éclate, la rosée du
AMPRIMENIE NATIONALE,
ciel tombe sur ses blessures et il en coule en larmes d’or la myrrhe et l’encens. Voilà le
poète.
Le Moniteur universel.
Paul pe SAINTr-Vicror.
. La Grèce, dressée par les Dieux, s’y montre, dans l’héroïque gymnase des grandes guerres Médiques, radieuse de force et de jeunesse, d'énergie civique, de grâce ingénue. Les Trois Cents mettent en scène l'invasion de Xerxès avec une puissance d’évocation qui tient du prodige. Il y a là un dénombrement, qui est une résurrection en masse de peuples abolis, de races disparues. C’est l'immense cimetière de l’antique Orient, reprenant chair et os, souffle et vie, armes et costumes, à la voix d’un prophète hébreu qui tiendrait une lyre d'Homéride. L'armée marche vite, ainsi qu'il sied à un défilé de fantômes; mais chacune de ses troupes et de ses peuplades est marquée au passage d’une qualification si forte, d’un trait si puissant, d’une couleur si vive, d’une épithète si caractéristique et si vaillante, qu’on la voit revivre sous ce mot comme sous le rayon du soleil qui la vit passer.
.… Les Bannis…
.. C’est la revanche, grondant comme un sourd tonnerre à l’horizon, que Cynthée et Méphialte exilés, l’un de Sparte et l’autre d'Athènes, interrogent avec une anxiété religieuse. Des voix de peuples résonnent, des fracas d’armes se heurtent confusément sous les nues.
Morceau fatidique, où la splendeur grecque flamboie des images extraordinaires de la Bible. On croit entendre les chars vivants d'Ézéchiel rouler dans le ciel d’Apollon. Acceptons l’augure qu’il recèle. Le poète prophétise; vates est un de ses noms.
. L’Aide offerte à Majorien sert de trait d'union entre l'antiquité et le moyen âge.
Attila s’y ébauche, presque indistinct de sa horde prête à se ruer sur les pays du soleil. et elle offte l'empire romain, comme salaire, au premier
Cette horde cherche un guide,
prétendant qu’elle rencontre en route. Toute l’histoire des invasions barbares est résumée dans ce dialogue farouche, enveloppé de brume, où l'on entend sans rien voir, et crié plutôt que parlé, qui monte d'une clairière nocturne ct descend du créneau d’un camp.
NOTES DE L'ÉDITEUR
Nous voici dans les siècles, foulés par ces hordes, mal tracés et mal éclairés, limitrophes entre la légende et l’histoire; c'est sur cette marche des âges que Victor Hugo accomplit ses plus fers prodiges; c'est là qu'avec de la cendre et de l’ombre il refait des vivants qui ne vécurent qu'à demi; c’est là que de quelques noms raturés, il tire des hommes complets; c’est de là qu'avec quelques débris de chroniques et d’armures, de chants populaires et de traditions frustes il reconstitue des époques détruites et rallume des phases éclipsées.
Un type PErSISAnE revient dans cette ronde de nuit du passé; c’est celui du Justicier, bon et fort, naïf et terrible, magnanime et rébarbatif, Au contre les oppresseurs, incliné vers les petits et les faibles, qui sauve et damne, délivre et châtie, et qui, l'épée haute et le clairon à la bouche, évoque dans la vallée des misères humaines le drame fulgurant et rayonnant du jugement dernier. Ces chevaliers du droit sont presque toujours des vieil: lards; ces archanges ont les cheveux blancs.
Victor Hugo à le culte des vieillards, comme il a l’adoration des enfants; aussi grand dans le Prytanée qu'il est tendre dans la wwrsery. Quel sénat imposant, quel aéropage idéal, quelle gérontocratie vénérable on ferait avec les barbons de son œuvre!
Ruy Gomez, Saint-Vallier, Job, le marquis de Nangis, Onfroy, Fabrice, Eviradnus!
Leurs noms seuls évoquent ces idées d’antiquité et de majesté qui se dégagent des dynasties de patriarche que la Genèse énumère...
Le Romancero du Cid est une harangue de haut en bas et de cap en pied...
Les Chansons caffillanes pâlissent auprès de ce monologue grandiloque, mélange inoui de simplicité et d’emphase, de rodomontades et de loyauté. Mieux encore que dans ces vieux poèmes, L Cid y apparaît comme l'incarnation en fer et en os de l'antique Espagne: pompeux et sublime, rebelle et dévoué, candide et farouche; l'oreuell et l'incorruptibilit du cèdre. Il se mire dans sa cuirasse, il fair sonner son armure. Imaginez la roue d'un paon Lt aurait les serres et le bec de l'aigle.
. Victor Hugo consacre tout un poème À ce souvenir abject et fétide de la création : jh Épopée du ver, un De profurdis triomphal, qui rend le bruit sinistre d’une trompette de Jugement sonnant sous-la terre au lieu d'éclater