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Livre, qu’un vent t'emporte En France où je suis nc

L'arbre déraciné

Donne sa feuille morte,

Le quatrain est touchant, maisen vérité il n'est pas exact. Non, l’arbre n’est pas déraciné, il est plus vigoureux-qu'il n’a jamais été; non, la feuille qu'il nous envoie .n’est point morte; elle est très verte au contraire, et donne la meilleure opinion de la sève qui l’a nourrie.

. Dans son nouveau recueil, M, Een a révélé un style nouveau. Vous connaissez son style dans la poésie lyrique. Riche, coloré, pittoresque, abondant en images, et vous connaissez aussi son style dramatique, entrecoupé comme un sanglot, heurté, éloquent, plein d’interjections passionnées, espèces d’onomatopées ambitieuses d’imiter les cris physiques de la chair et les sentiments orageux de ’âmé ? Eh bien ! il a mélangé ces deux styles; et de ce mélange est sorti Le style de #4 Légende des Siècles, plus sobre et moins tourmenté que celui de ses drames, plus familier que celui de sa’ es lyrique.

. Les caractères de l’œuvre nouvelle-sont avant tout la force, l’audace, une violence continue et latente; les sentiments qui la’ remplissent sont un Âpre amour de la justice et du couragé, une haine implacable mêlée de frayeur contre le mal et les méchants.

Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains.

Ch. BAUDELAIRE.

. Victor Hugo a créé le seul poème épique qui püût être créé‘par un homme de son temps pour ‘des lecteurs de son temps.

D'abord les poèmes qui constituent l'ouvrage sont généralement courts, et même la brièveté de quelques-uns n’est pas moins extraordinaire que leur énergie. Ceci est déjà une considération importante qui témoigne d’une connaissance absolue de tout le possible de la poésie moderne. Ensuite, voulant créer le poème épique moderne, c’est-à-dire le poème. tirant son iprigine ou DEA son prétexte de l’histoire, ils’estbien gardé d'emprunter à l’ histoire autre chose que ce qu’elle peut légitimement et fructueusement prêter à la poésie, jerveux

dire la légende, le mythe, la fable, qui sont comme des concentrations de vie nationalé, comme des réservoirs profonds où dorment le sang et les larmes des peuples. Enfin, il n’a pas chanté plus particulièrement telle ou telle nation, la passion de tel ou tel siècle, il est monté tout de suite à une de ces hauteurs philosophiques d'où le poète peut considérer toutes les évolutions de l’humanité avec un regard également curieux, courroucé ou attendri. Avec quelle majesté il a fait défiler les siècles devant nous comme des fantômes qui sortiraient d’un mur; avec quelle autorité il les à fait se mouvoir, chacun doué de son parfait costume, de son vrai visage, de sa sincère allure, nous l’avons tous vu.

.. Ce que la critique peut affirmer sans crainte de faillir, parce qu’elle en a déjà vu les preuves successives, c’est qu’il est un de ces mortels si rares, plus rare encore dans l’ordre littéraire que dans tout autre, qui tirent une nouvelle force des années, et qui vont, par un miracle incessamment répété, se rajeunissant et se renforçant jusqu’au tombeau.

Nous avons pu enfin trouver un article hostile signé P. Douhaire, dans le Correspondant; nous en détachons le passage suivant :

. Quels efforts pour dissimuler au lecteur ce qui le frappera dès la dixième page, à savoir qu’on lui offre ici, sous le spécieux aspect d’une grande œuvre fragmentaire, des morceaux détachés, des essais de différentes dates et de différents styles, des jets d’inspirades études enfin, résultats hybrides d’excursions hâtives dans la littérature,

tion ‘plus ou moins retouchés,

l’histoire et la philosophie; — vues du passé recueillies dans la fièvre à travers un prisme brisé. Le défaut de suite, l’absence de lien réel, l’incohérence des sujets et des idées, — quand idées il ya, — tout Ôte à ces lambeaux le caractère d'unité conceptionnelle que le poète leur prète aujourd’hui après coup.

Le critique qualifie quelques pièces, comme Première rencontre du Christ avec «d’honnêtes exercices littéraires» ; la poésie Ay lion d’Androclès «sent son collège»; et on jugera encore mieux

le tombeau,

NOTES DE L'ÉDITEUR

la portée de cet article par cette phrase:

«Ménageons plus qu'il ne le fait luimême la gloire d’un poète dont nous avons salué la radieuse aurore, et dont il nous coûté de constater le Se ct bizarre déclin.»

Et c’est en 1859 que ces she sont écrites ! Il est vrai que le critique ne devait pas se faire beaucoup d'illusions sur la valeur de son pronostic solitaire, puisqu'il ajoute : CPlaignons-le (Victor Hugo) de n'avoir pas trouvé dans cette presse française dont chaque mot est pour lui une parole, des amis assez dévoués pour lui dire la vérité.» On ne saurait souligner avec plus d’ingénuité le succès éclatant de /4 Légende des Siècles, constaté par toute la presse française,

Études sur la poésie française.

S Théophile GAuTIER.

.. Quand on lit 4 Légende des Siècles, il semble qu'on parcoure un immense cloitre, une espèce de camipo santo de la poésie dont les murailles sont revêtues de fresques peintes par un prodigieux artiste qui possède tous les styles et, selon le sujet, passe de la roideur presque byzantine d'Orcagna à l'audace titanique de Michel-Ange, sachant aussi bien faire les chevaliers dans leurs armures anguleuses que les géants nus tordant leurs muscles invincibles. Chaque tableau donne la sensation vivante, profonde et colorée d'une époque disparue. La légende, c'est l'histoire vue à travers l'imagination populaire avec ses mille détails naïfs et pittoresques, ses: familiarités charmantes, ses portraits de fantaisie plus vrais que les portraits réels, ses grossissements de types, ses exagérations héroïques et sa poésie fabuleuse remplaçant la sciences souvent conjecturale..….

Bien que l’œuvre ne soit pas riénée à bout, elle est cependant complète ; chaque siècle est représenté par un tableau important et qui le caractérise, et ce tableau est en lui-même d'une perfection absolue.

Le poème fragmentaire va d'abord\d' Eve à Jésus-Christ, faisant revivre le monde biblique en scènes d’une haute sublimité et d’une couleur que nul peintre n’a égalée. Il sufit de

ES

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