LE DÉNOMBREMENT
. , . A On se mettait en route à l'heure où le jour naït.
Le bagage marchait le premier, puis venait Le gros des nations, foule au hasard semée, ui faisait à peu près la moitié de l'armée.
Dire leurs noms, leurs cris, leurs chants, leurs pas, leur bruit, Serait vouloir compter les souffles de la nuit; Les peuples n'ont pas tous les mêmes mœurs; les scythes, Qui font à l'occident de sanglantes visites, Vont tout nus; le macron, qui du scythe est rival, À pour casque une peau de tête de cheval Dont il a sur le front les deux oreilles droites; Ceux de Paphlagonie ont des bottes étroites
- De peau tigrée, avec des clous sous les talons,
Et leurs arcs sont très courts et leurs dards sont très longs; Les daces, dont les rois ont pour palais un bouge,
Ont la moitié du corps peinte en blanc, l’autre en rouge; Le sogde emmène en guerre un singe, Béhémos, Devant lequel l’augure inquiet dit des mots
Ténébreux, et pareils aux couleuvres sinistres;
On voit passer parmi les tambours et les sistres
Les deux sortes de fils du vieil Ethiopus,
Ceux-ci les cheveux plats, ceux-là les fronts crépus;
Les bars au turban vert viennent des deux Chaldées;
Les piques des guerriers de Thrace ont dix coudées;
Ces peuples ont chez eux un oracle de Mars;
Comment énumérer les sospires camards,