LE PORT-VIEUX
c/ï Lucien 7até.
Xi. D coucher du soleil, sur le quai du Port- Vieux,
Des plus hautes maisons la vitre s'illumine Dans le rayonnement de l'astre qui décline, A la ville de mer jetant ses longs adieux.
Dans les rouges lueurs de ces calmes soirées, Pour sa pèche de nuit la barque appareillant. Et les troupes d'oiseaux dans l'air s'éparpillant, Vers l'ouest, à grand vol, sont toutes empourprées.
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Sur le quai du Port- Vieux, au coucher du soleil, On voit se rassembler d'humbles et vieilles femmes. Tressaillant au contact de ses dernières flammes, Aimant à recevoir son chaud baiser vermeil.
Elles sont au hasard diversement groupées Sur un débris de hune ou d'ancien gouvernail, Ou de vieux mâts tronqués, — chacune à son travail, Malgré le poids des ans toutes sont occupées.
L'oreille ouverte au cri rauque du goëland, L'oiseau blanc de la mer, qui vit et meurt près d'elle. Portant la jupe courte et la coiffe à grande aile. Elles sont là, cousant, dévidant ou filant.
Ainsi que l'araignée en reprisant sa toile, Les unes gravement remmaillent leurs filets, D'autres, à rude main, piquant de gros ourlets, Fixent une ralingue à l'entour de sa voile.
Les plus vieilles, d'instinct, bercent les nouveau-nés Ou tricotent des bas pour leurs petites-filles. On voit même parfois, maniant les aiguilles. Des aveugles comptant tous leurs points terminés.
ET DE PRINTEMPS 20g
Elles aiment la mer aux rumeurs cadencées : Le ton grave du flot, qui monte ou qui descend, Toujours prêt à s'éteindre et toujours renaissant. Leur occupe l'oreille et berce leurs pensées;
Tandis que, dans le port, calfats et charpentiers Radoubent, au profond bassin de carénage. Petite barque ou long vaisseau de fort tonnage : Broit de métal vibrant à l'écho des chantiers.
C'est le travail de l'homme et la grande natur» Qui parlent un langage austère et familier A la femme assidue au labeur régulier, Donnant un fier courage à l'humble créature.
Se résignant, hélas ! à vivre loin des leurs,
Les vieilles d'aujourd'hui, presque toutes grand'mères,
Ont bien vite effeuillé les bonheurs éphémères
Qui trop souvent font place à de longues douleurs.
Une forêt de mâts aux voiles retroussées,
Comme aux temps de Jean-Bart et de Duguay-Trouin,
Indique les vaisseaux qui, revenant de loin.
Se reposent après de rudes traversées.
Mais beaucoup de marins ne sont pas revenus. Hardis navigateurs allant aux découvertes, Qui sont morts oubliés sur des grèves désertes. Ou roulent ballottés par des flots inconnus.
Bien peu sont revenus, comme dernière escale. Dans l'étroit cimetière à l'église adossé. Vœu suprême de tous, rarement exaucé, Dormir, près de la mer, dans la terre natale.