PAYS DES NEIGES
kAu Colonel Staaff.
KJ n soir d'hiver (c'était la veille de Noël), Essorant vers le nord, je volais à plein ciel. Emporté par un songe au delà des Orcades, Noirs îlots dont la mer, dans ses affouillements. D'un ressac éternel creuse les fondements, En jetant son écume à leurs milliers d'arcades.
Mais calme fut le grand voyage aérien. — Je vis se denteler plus d'un cap norw^ien A pic dans la clarté des étoiles amies. —
Pas de navire au loin, partant ni revenant : Tous, dans la profondeur des golfes hivernant, Se reposaient au pied des villes endormies.
Je saluai des yeux les hameaux s'étageant Parmi les sapins noirs et les bouleaux d'argent, Vieilles huttes de bois des pêcheurs et des pâtres ; Et poursuivant mon rêve à vol de goéland, Je rasai les hauts bords escarpés du Nordland, Ses montagnes de neige et leurs glaciers bleuâtres.
Là je fus attiré par un étrange bruit De tonnerres lointains se croisant dans la nuit : - C'était le Maëlstrom à l'assaut des marées. — Pour éviter l'embrun de son tourbillon noir, Je planai de très haut sur l'immense entonnoir. Sans voir à l'horizon de barques égarées.
Puis, doublant le cap Nord, à l'extrême archipel. Je reconnus au loin, sur le fond clair du ciel. Un vieux renne sauvage, à la fière encolure. Qui, redressant la tête où le monde finit, Profilait hardiment, sur le roc de granit. Le bois déchiqueté de sa grande ramure.
Et toujours plus au nord, rapide et filant droit. Vêtu comme un eider et souriant du froid. J'allais vite... éclairé par des lueurs stsllaires. — La mer était sans bruit et ses flots arrêtés, Quand je fus ébloui par les vives clartés D'un trois-mâts rayonnant dans les glaces polaires.
Noël 1 Noël ! — C'étaient les marins de Drontheim Féunt le souvenir lointain de Bethléem, A bord du Saint-Olaf (on pouvait très bien lire). Mâts, vergues et haubans, de givres festonnés. De l'avant à l'arrière étaient illuminés. Dessinant dans la nuit les agrès du navire.
Et dans ces froids déserts, retrouvant une voix.
L'équipage disait un Noël d'autrefois.
Un refrain de berceau simple comme un cantique.
Le petit mousse, blond comme un enfant de chœur, Et le vieux capitaine y chantaient à plein cœur, En mêlant la patrie au foyer domestique.
Ce choral des aïeux, naïf et solennel.
Montait s'épanouir dans le calme du ciel.
Sur les nouvelles mers par des braves conquises;
Et, justement émus du grand concert naval.
Couchés sur des glaçons, le morse et le narval
Écoutaient gravement du haut de leurs banquises.
VIEUX T)ÉCOXS