VIEUX DÉCORS
%A Hippolyte Fournier.
O o u s le ciel de Paris, brumeux, froid et grisâtre. Une longue voiture à hauts compartiments. Funèbre de lenteur comme aux enterrements. Traîne en plein boulevard nos toiles de théâtre :
Ce sont d'anciens décors de drame ou d'opéra Dont les foules, jadis, furent émerveillées : Chjrpre, Jérusalem, un faubourg de Péra, Des villes d'Orient toutes ensoleillées.
C'est l'auberge sinistre, aux lisières d'un bois, Sous de vieux ormes noirs, dans une grande combe. Où deux chemins déserts, qui se coupent en croix, Disent au voyageur : « Choisis, car la nuit tombe ; »
Ou bien un château clair et de blancs escaliers. Dans le paisible et beau pays de la Touraine : On y voit d'élégants et courtois chevaliers Sourire au petit page ému qui suit la reine.
Ces antiques décors, lamentables débris Dont les feux de Bengale ont noirci la peinture, Alcazars démodés ou de vieille structure. Palais vénitiens craquelés ou flétris.
S'en vont tous en exil au fond de nos provinces, Où, jaloux d'éblouir ses notables bourgeois. Le petit régisseur dont les budgets sont minces Étale à bon marche nos splendeurs d'autrefois;
Et des villes, enfin, les toiles dédaignées Passent dans les vieux bourgs, par un reste d'égard, Puis tombent dans l'oubli ténébreux d'un hangar Que la chauve-souris dispute aux araignées.