SALVATOR ROSA
Qu'avais-cu dans ton cœur, maicre à la brosse ardente. Pour que sous ton pinceau la nature en fureur Semble jeter au ciel une plainte stridente, Et gémir aux abois dans sa sinistre horreur?
Pourquoi dédaignais-tu les riants paysages.
Les lointains vaporeux et les doux horizons, Les ruisseaux transparents, et sur de frais visages L'ombre du vert printemps qui fleurît les gazons?
n te faUaic à toi le ciel couvant Torage ; Quelque ravin bien noir ou mugisse un torrent Vomissant à grand bruit son écume et sa rage. Quelque fauve bandit sur les rochers errant
SALVATOR ROSA. i?
L'ouragan qui s'abat sur ces arbres d'automne Rugissait, n'est-ce pas? dans ton âme de fer. Tu ne te plaisais pas au bonheur monotone.
Mais aux transports fougueux échappés de l'enfer !
Ce sont tes passions qui hurlent sur tes toiles ; Toi-même, tu t'es peint dans ces rocs désolés, Dans ces chênes tordant sous la nuit sans étoiles Sur l'abîme béant leurs bras échevelés !
LE CAMEE.
Un cœur d'homme à vingt ans esc une cire molle. Une enfant tout à coup, avec son doigt léger, Y trace son image insouciante et folle ; Puis se sauve en riant, et sans plus y songer.
Mais la cire devient plus dure que la lave ; Et sur ses bords brûlants ou glacés tour à tour. Le profil adoré jusqu'à la mort se grave.
Nul acide n'en peut ronger le pur contour.
Pas de pierre qui Tuse, ou de feu qui le fonde ! Sur lui l'absence est vaine, et le temps en vain mord. Ni les pleurs corrosifs, ni la rouille profonde, Rien n'y fait. Le camée est là, jusqu'à la mort!
LE CAMEE. 19
Et partout, et toujours, comme un remords vivace, De rimmortelle empreinte une goutte de sang Filtré vers la poitrine, et grandit quoi qu'on fasse, Car on l'essuie en vain sans cesse, en pâlissant.
Puisque l'affreux réveil d'un beau songe nous tue, Vous tous, rêveurs charmés qui gémirez demain, S'il vous faut un amour, aimez une statue Sans demander aux Dieux de remuer sa main!
S'il faut pour être heureux caresser quelque rêve. De celui-là du moins l'on ne s'éveille pas Le cœur d'un regard clair percé comme d'un glaive ; Et peut-être on l'embrasse au delà du trépas !