LA COURTISANE
Certes, le mal sur nous a d'étranges puissances. Comme à l'abîme plein d'épouvante et d'échos, Le chimérique appât des acres jouissances Nous attire vers lui, tous les jours, sans repos.
Mais il est entre tous un puits fait de vertige Où l'âme, en s'y penchant, vacille de stupeur. C'est l'œil clair et sans fond, sous qui le sang se fige, L'œil de la courtisane, où nage une vapeur ;
L'œil vitreux, aux regards d'agate et de phosphore, Qui fouille tous les cœurs comme de vieux foyers, Qui le soir, comme un phare énigmatique, arbore L'appel mystérieux des continents noyés.