LA COURTISANE
— Quand tu tournes vers nous la clarté chatoyante De ta large prunelle aux reflets verts ou bleus, Dans ton regard errant une énigme effrayante Est cachée, ô Sirène, aux contours onduleux!
Surmontant le dégoût des baisers pleins de baves, Circé qui te repais des hontes du vieillard, Et changes dans tes nuits les gloires en épaves, Quelle angoisse, réponds, nous dérobe ton fard?
Dans ta sérénité, rempart inattaquable, L'ennui plane-t-il seul sur ton front nonchalant? Toujours inassouvie et toujours implacable, Est-ce la soif de l'or qui te ronge le flanc?
Peut-être, un de ces soirs aux senteurs souveraines Où, comme un flot d'encens, les paradis perdus, Refluant du passé dans leurs candeurs sereines, Nous font sentir l'horreur des gouffres descendus ;
Peut-être as-tu maudit l'amour qui t'a trompée; Et que croyant noyer la rancune et le fiel, Tu te venges sur tous, dans ta froideur drapée, Des pleurs désespérés que méprisa le ciel.
Vide ou non, ce regard, à la terrible geôle De tes bras, conduit ceux qu'a choisis ton orgueil; Et dès que tu souris, l'enfer qui les enjôle Dore les profondeurs sinistres de ton œil!