LE GOUFFRE
Comme des espoirs morts ou des rêves défunts,
Pour qui donc tombez-vous } De quelle urne brisée }
De quel fleuve divin grossissez-vous le cours )
Qui vous recueillera pour la source sacrée,
Vous éternel soupir, larme toujours pleurée?
Un matin, — qu'ils sont loin de moi ces temps trop courts!
Un matin, j'admirais, l'âme neuve et ravie,
Tout cet enchantement de verdure et de fleurs
S'enroulant sur le vide et mêlant leurs couleurs.
Je m'enivrais de joie et d'arôme et de vie.
Loin des bruits de la plaine et loin de tout regard,
Je laissais ma pensée indolente et distraite,
Sur les recoins ombreux de la fraîche retraite,
Avec les papillons voltiger au hasard.
Et le soleil, filtrant des arbres pacifiques,
Criblait de diamants ces fleurs sur ce fond noir;
Si bien que l'on eût dit de ce large entonnoir
Un pan du firmament dans les nuits magnifiques.
Et pour sonder le fond du soupirail béant,
Pour réveiller l'écho de ses cavités sourdes,
J'y fis tomber cailloux, pierres et roches lourdes;
Mais j'écoutais en vain. Comme dans le néant,
Tout s'abîmait. Nul bruit ne monta des ténèbres.
Un horrible frisson de pâleur et de froid
M'envahit tout à coup. Et je m'enfuis tout droit,
Souffleté par le vent des mystères funèbres.