STELLA V ESPERA
Je voulus pénétrer ce secret jusqu'au bout,
Et courus chez Centi. Je le trouvai debout
Devant sa dernière œuvre ; et ses yeux dans l'ivresse
Du triomphe, versaient leur brûlante caresse
Sur la toile achevée, et seule cette fois.
Lui même s'agitait, parlant à haute voix,
Artiste émerveillé devant son propre ouvrage.
Une joie à ma vue éclaira son visage ;
Il s'élança, me prit le bras, et m'entraînant
En face du tableau, s'écria : « Maintenant
Regardez ! Répondez ! N'est-ce pas qu'elle est belle ?
N'est-ce pas qu'elle entend mon amour qui l'appelle?
Et moi, je regardais déjà, me demandant
Comment il avait pu du portrait précédent
Faire plus resplendir la tête sans rivale,
Et plus magiquement, dans un plus pur ovale
Faire vivre les traits sous un ciel ébloui.
Comme autrefois, toujours, c'était bien aujourd'hui
Le beau front lumineux et chargé de pensées;
Mais son éclat, vainqueur des ombres dispersées
Brillait plus éloquent encore ; il se gonflait
Flamboyant, agrandi sous le double reflet
D'un éternel bonheur et d'une paix conquise.
C'était, sous la lueur changeante qui l'irise,
La même chevelure aux anneaux blonds et bruns,
Libres et déroulés sans fin, dont quelques-uns,
Voluptueux flocons qu'un sein grec illumine,
Flottaient confusément aux bords de la poitrine.
Mais, plus souple auréole et plus suave encor,
S'épandait maintenant leur opulent trésor.
Les yeux étaient toujours aussi grands, aussi chastes,
Aussi profonds, l'un bleu comme les nuits néfastes
Sans lune, l'autre noir comme l'encre, et tous deux
Limpides ; mais le large éclair qui sortait d'eux,
N'était plus la clarté de l'orgueil ni du rêve ;
C'était l'ardent rayon de l'amour qui se lève ;
Et la lèvre, plus rouge encor, plus finement
Découpée, aujourd'hui, comme pour le serment
Et pour l'aveu, s'ouvrait au baiser qui l'attire.
On sentait à travers ce superbe sourire
La victoire éclater dans la soumission,
Comme aussi dans ces yeux, avec la passion,
Passer l'enivrement d'une beauté céleste.
Et comme refoulant derrière elle, d'un geste,
Et pour jamais, bien loin, les ombres d'autrefois,
Par un miracle d'art qui renverse les lois,
Dans la pleine lumière où chaque trait s'anime,
Elle avançait vers nous son visage sublime.
A cette même place, et quelques mois avant,
Si je vis de Stella le fantôme vivant,
J'en voyais l'idéal le plus inaccessible,
Qui certes n'existait qu'en un monde impossible.
En moi-même, du moins, aussitôt j'affirmais
Que sa forme ici-bas ne marcherait jamais.
« Enfin ! cria Centi; cette fois c'est bien elle! N'est-ce pas qu'elle vit } n'est-ce pas qu'elle est belle ? Une âme plane aussi sur ma création,