‹ PoésiesChapitre 70 sur 87 · LE SEMEUR · texte numérisé non relu

LE SEMEUR

Un large ruban d'or illumine la cime Des coteaux dont la brume a noyé le versant. L'horizon se déchire ; et le soleil descend Sous les nuages roux qui flottent dans l'abîme, Comme un riche archipel dans une mer de sang.

De confuses rumeurs s'éveillent par la plaine ;

Et dans son champ, debout aux rebords des sillons,

Travailleur obstiné sous les derniers rayons,

Un semeur devant lui lance au loin sa main pleine

Et chasse des oiseaux les criards tourbillons.

Et l'occident s'écroule où l'astre antique éclate. Et le semeur frappé d'un long et rouge adieu, Par grands gestes, au loin, dans un sinistre jeu, Semble jeter au vent la poussière écarlate De son cœur calciné dans sa poitrine en feu.

— Ton âme se déchire; et voilà ta pensée Qui sombre sous l'amas de tes rêves sanglants. Ceint aussi d'un reflet de pourpre sur tes flancs, Aux dernières lueurs de ta gloire passée, Homme! à travers tes jours, tu marches à pas lents.

Tu nourriras bientôt l'herbe des sépultures ! Aux becs des vieux espoirs donne un dernier repas ! Féconde encor le champ des douleurs ; ne crains pas L'horrible hurlement dans les gerbes futures Dont tu pressens déjà les échos sous tes pas !

Fouille en ton sein la cendre encor chaude et vivace ! Aux vents froids de la vie ouvre ta large main ; Et sous la calme nuit qui couvre ton chemin, Vengé, vers le tombeau tu peux tourner la face, N'ayant plus rien au cœur pour l'y semer demain !

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