‹ PoésiesChapitre 74 sur 87 · HEMR1CK, LE VEUF · texte numérisé non relu

HEMR1CK, LE VEUF

La limpide clarté de ton amour, o femme ! Sans reculer de honte, et se sentir infâme?

Loin des villes, d'ailleurs, hérissant ses trois tours, Le donjon de Hemrick, ancien nid de vautours. Avait le vieux renom de n'aimer point les fêtes ; Et tous deux, le front ceint de vos songes premiers, De solitude, et d'ombre, et de paix coutumiers, Couple heureux, vous laissiez vos âmes satisfaites, Au murmure tranquille et sacré des forêts, Comme elles s'imprégner de leurs parfums secrets !

Mais non, Hemrick! Ton âme ardente étant de celles Qui du même rayon tirent deux étincelles, Et, brûlantes d'amour, sont chaudes d'amitié, Ton âme était le champ dont le sillon immense Pour les doubles moissons se creuse et s'ensemence ; Et de-toi même ainsi tu donnais la moitié, Chaque jour, à l'ami loyal, au frère d'armes, Mort aussi, pour rouvrir la source de tes larmes !

— « O morts ! couchés là-bas sous le plomb bien scellé Dans votre lit bien clos, sans serrure et sans clé, Dormez l'un après l'autre, en vos funèbres langes, Complices embaumés d'un fraternel regret! Car avec vous descend dans la fosse un secret Dont les vers vont nourrir leurs discrètes phalanges ; Et celui près duquel vous viviez sans rougeur. Ne connaîtra jamais aucun doute rongeur!

Lui survit, par deux fois foudroyé, solitaire, Inerte, inconsolable ; et toujours vers la terre, Du matin morne au soir livide, l'œil baissé, Il reprend le chemin du saint pèlerinage; Et sa double douleur augmente avec son âge; Et vos traits vénérés émergent du passé Dans son âme, plus beaux, plus purs, ineffaçables, O morts ! qu'il a couchés lui-même dans les sables !

Morts glacés ! allongeant vos membres décharnés î Si pour la trahison un jour vous êtes nés, Vous avez savamment vécu la face haute ; Et n'ayant point monté les cavales sans mors Des passions sans honte et coupables, ô morts ! Ayant vaincu la vie, oubliez votre faute, Confiants tous les deux, abrités, n'est-ce pas^ Dans l'ombre impénétrable et lourde du trépas!

— Hemrick! c'est trop longtemps vivre l'affreux supplice

Du néant de l'amour, du blasphème qui plisse

Ton front qu'un orgueilleux bonheur avait sculpté !

Penche-toi souriant vers la blonde auréole

De ce frêle innocent qui rit, charmant symbole

De l'amour qui renaît de sa fragilité,

Consolateur suprême, adorable héritage

Où ton espoir s'acharne à chercher une image !

Mais il grandit, l'enfant qui jouait au berceau Quand sa mère en tes bras se roidit, sous le sceau

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