HEMR1CK. LE VEUF
De la mort étendanc sa main séparatrice. Et tu cherches en vain, d'un regard jamais las, Dans son jeune regard l'ancien rayon, hélas! Chaque jour, ravivant ta rouge cicatrice, Tu cherches sur sa lèvre un écho d'autrefois, Tu tressailles d'entendre, hélas ! une autre voix !
Hélas ! ceux qui sont nés sous de sombres auspices Ne se rendront jamais les étoiles propices! Et ton destin te voue à de plus durs arrêts ; Et tu la fermeras, ta bouche palpitante D'une longue prière, et d'une vaine attente! Car il était écrit que tu ne vieillirais, Père aux espoirs frustrés, aux caresses déçues, Que pour les coups plus forts des divines massues !
Il grandit ; et voilà déjà que dans ses jeux S'allume en son œil large un éclair courageux ; Que sa fierté s'essaie à des accents plus mâles ; Et tout à coup, plus prompt que la flèche qui part, Le reflet d'un visage, un jour, de part en part, A traversé ton âme et figé tes chairs pâles Frémissantes encor de l'avoir entendu, L'écho d'une autre voix dont le souffle est perdu!
Tu frémis ; tu pâlis tout à coup ; tout ton être, Comme aux bords d'un abîme insondable, peut-être Chancela sous l'effroi d'un noir pressentiment; Mais pour chasser bien loin cette pensée obscure,
Basse comme un affront faite à la sépulture D'un ami pour jamais sacré, fiévreusement, Sans qu'il lui fût permis de germer ni d'éclore. Tu l'arrachas, confuse à tes tempes encore !
Va ! tu la rejetas de tes tempes en vain !
Car il est entre tous un infernal levain
De tortures sans nom, sans pitié ni remède,
Un philtre bouillonnant dont s'enivrent les cœurs ;
Surpassant le venin de ces rouges liqueurs
Que la hutte sauvage en avare possède ;
Et pour empoisonner un homme, un seul instant
Lui suffit ; et c'est trop d'un seul doute flottant.
Tu t'indignes en vain ; en vain tu te récries. Implorant le pardon de leurs cendres chéries ! Car un instinct de jour en jour plus triomphant T'attire, et te retourne anxieux, et te cloue, Muet, l'angoisse au cœur, et le froid sur la joue, En face de ton fils, du fatidique enfant De la morte, et te force à saisir au passage On ne sait quel vivace et plus clair témoignage !
Est-ce bien là ton fils, cet enfant qui grandit A ton foyer? Celui que toi, père maudit, Tu contemples, hagard de voir que dans son geste Se fixe d'heure en heure un vivant souvenir, Que sur sa lèvre un mot ancien veut revenir, Que le feu d'un regard endormi brûle et reste