‹ PoésiesChapitre 8 sur 87 · SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

SALVATOR ROSA

L'ouragan qui s'abat sur tes arbres d'automne Rugissait, n'est-ce pas? dans ton âme de fer. Tu ne te plaisais pas au bonheur monotone, Mais aux transports fougueux échappés de l'enfer

Ce sont tes passions qui hurlent sur tes toiles ; Toi-même, tu t'es peint dans ces rocs désolés, Dans ces chênes tordant sous la nuit sans étoiles Sur l'abîme béant leurs bras échevelés !

mg&$$m*gm

LE CAMEE.

Un cœur d'homme à vingt ans esc une cire molle. Une enfant tout à coup, avec son doigt léger, Y trace son image insouciante et folle ; Puis se sauve en riant, et sans plus y songer.

Mais la cire devient plus dure que la lave ; Et sur ses bords brûlants ou glacés tour à tour, Le profil adoré jusqu'à la mort se grave. Nul acide n'en peut ronger le pur contour.

Pas de pierre qui l'use, ou de feu qui le fonde ! Sur lui Pabsence est vaine, et le temps en vain mord. Ni les pleurs corrosifs, ni la rouille profonde, Rien n'y fait. Le camée est là, jusqu'à la mort!

LE CAMEE. 19

Et partout, et toujours, comme un remords vivace, De l'immortelle empreinte une goutte de sang Filtre vers la poitrine, et grandit quoi qu'on fasse. Car on l'essuie en vain sans cesse, en pâlissant.

Puisque l'affreux réveil d'un beau songe nous tue, Vous tous, rêveurs charmés qui gémirez demain, S'il vous faut un amour, aimez une statue Sans demander aux Dieux de remuer sa main !

S'il faut pour être heureux caresser quelque rêve, De celui-là du moins l'on ne s'éveille pas Le cœur d'un regard clair percé comme d'un glaive Et peut-être on l'embrasse au delà du trépas !

Page 1