THEOPHILE GAUTIER
O vieux maîtres pensifs du vieux Campo Santo ! Vous qui croyiez à Tare, mais bien plus à Marie ; Toi, sévère Orcagna, toi, mystique Giotto!
Le long des quatre murs, chrétienne galerie,
Vos fresques sont debout et nous parlent toujours;
L'art est toujours serein ; la foi seule est tarie.
Vous méprisiez le monde, et vous viviez très-sourds, Les pieds sur un sépulcre, à peindre un cimetière. Vous aviez pour la mort de fidèles amours.
Vous caressiez ce rêve ; et votre vie entière
A l'immortaliser se consuma. Jésus
Etait pour vous un Dieu tout baigné de lumière.
Quand vous peigniez un Christ, ô maîtres! au-dessus De la tête divine errait une auréole D'archanges radieux dans le ciel aperçus.