LE LISERON
Et dont le clair de lune argentait tout l'azur ; Et les nonnes en choeur, dans l'air tranquille et pur, Lançaient toujours le chant de leurs voix solennelles, Qu'interrompait parfois le cri des sentinelles Debout auprès des feux qui se courbaient au vent.
Enfin l'aurore emplit le ciel vers le levant. Tout s'émut. Le son grêle et perçant des trompettes Éveilla dans le camp les hommes et les bêtes; Le soleil du matin, oblique et froid encor, Fit sur les fronts casqués courir un frisson d'or, Et, sortant de sa tente au milieu d'un murmure, Procope, revêtu déjà de son armure, Revint au pont-levis pour revoir son estoc. Du couvent, grand ouvert et calme sur le roc, Toujours l'hymne pieux s'envolait dans la nue. La lourde épée encore en terre, droite et nue. N'avait pas pris racine et n'avait pas fleuri; Mais, pour vivre un seul jour, en une nuit mûri, Un liseron, autour de la lame immobile,
Avait fait tournoyer sa spirale débile.
La moindre de ces fleurs que l'abbesse aimait tant
Tenait captif le glaive au reflet éclatant.
Et, suave et charmant comme un œil qui regarde,
Son frais calice bleu fleurissait sur la garde.
Procope demeura pendant un long moment, Regardant l'humble fleur, songeant à son serment, L'âme d'inquiétude et de stupeur frappée ; Puis enfin :
« Donnez-moi, dit-il, une autre épée.
Et qu'on lève le camp ! . . . Mon cheval ! . . . Nous partons. »
Et, traînant après lui cavaliers et piétons Qu'un liseron des bois avait remplis de crainte, Il s'éloigna.
La fleur avait sauvé la sainte.
éMOISSO^ V'ÊTÊES
ANS un bourg sur la Loire, on conte que naguère La Pucelle passa sur sa jument de guerre Et dit aux habitants :
(' Armez-vous et venez, »
Un cchevin, suivi de vieillards consternés, Lui répondit :
« Hélas I pauvres gens que nous sommes ! Les Anglais ont tué les meilleurs de nos hommesi Hier ils étaient ici. Le cheval de Talbot Dans le sang de nus (ils a rougi son sabot.
MOISSON DÉPÉF. S
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Seuls, nous leur survivons, vieux, orphelins et veuves, Et notre cimetière est planté de croix neuves. »
Mais la brave Lorraine, aux regards triomphants, S'écria :
« Venez donc, les vieux et les enfants ! »
L'homme reprit, les yeux aveuglés par les larmes :
« Hélas ! les ennemis ont pris toutes nos armes, La dague avec l'estoc, les flèches avec l'arc. Nous voudrions vous suivre, ô bonne Jeanne d'Arc! Mais nous n'avons plus même un couteau. »
LaPucelle Joignit alors les mains, tout en restant en selle. Et quand elle eut prié :
« Tu m'as bien dit, je crois.
Que votre cimetière était rempli de croix ?
— Je l'ai dit.
— Eh bien donc, allons au cimetière. »
Et la vierge, entraînant la foule tout entière
Où déjà plus d'un front rougissait de remords.
Piqua sa jument blanche et vint au champ des morts.
Or, monsieur saint Michel exauça la prière
Q.ue murmurait tout bas la naïve guerrière ;
Et, quand elle arriva dans le lieu du repos,
Les croix que l'on avait, pour ces nombreux tombeaux,
Faites hâtivement de deux branches coupées,
Par miracle et soudain devinrent des épées,
Et le soleil brillait sur leurs gardes de fer,
Si bien qu'en ce moment chaque tombe avait l'air,
Avec l'ordre du ciel étant d'intelligence.
De présenter une arme et d'implorer vengeance.
Alors, Jeanne aux chrétiens à ses pieds prosternés Répéta simplement :
« Armez-vous et venez !
Car Dieu fera cesser par moi votre souffrance Et la grande pitié du royaume de France. »
Lo4 TÊTE VE Loi SULTcAD^E
V. fils du grand Mourad, le sultan Mahomet, Quand il veillait le jour, la nuit quand il dormait, N'avait qu'une pensée et qu'un rêve : Byzance! Parfois, dans un Ic^gcr caïque de plaisance Qu'emportaient sur la mer vingt robustes rameurs, Pensif, il c'coutait les confuses rumeurs De la ville, et voyait, mais de trop loin encore. Ses dômes se mirer dans l'azur du Bosphore.
Comme un noble étalon irrité par un taon, Ayant toujours au cœur ce désir, le sultan Savait que les soldats lui seraient nécessaires. Et souvent il jetait de l'or aux janissaires. Mais ceux-ci, par la paix trop longue corrompus. N'étaient jamais assez abreuvés ni repus,