‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 52 sur 141 · MORT DU GÉNÉRAL WALHUBERT · texte numérisé non relu

MORT DU GÉNÉRAL WALHUBERT

Celui qui vient dans Ulm d'écraser l'Allemagne Et qui, pour terminer d'un seul coup la campagne, Veut, une fois de plus, ce soir, être vainqueur, Sent un léger frisson lui traverser le cœur.

— N'as-tu jamais aucun vertige, aigle qui planes? —

Or, comme défilait au pas le corps de Lanncs,

— On en était à la brigade Walhubert, — Le soleil, jusqu'alors de nuages couvert. Éclaira tout à coup l'immense paysage ; Et le grand fataliste y voyant un présage

Et sentant que l'espoir en son cœur renaissait, Sourit au général Walhubert qui passait.

L'obscur soldat partit, ivre de ce sourire.

La veille d'Austerlitz, on avait fait prescrire, De peur de dégarnir les rangs, que les blessés, Officiers ou soldats, ne fussent ramassés Qiie le soir, une fois la bataille finie. Chose affreuse ! ils devaient traîner leur agonie Dans ce champ clos glacé par la bise du nord, Où la pitié viendrait seulement quand la mort Aurait enfin cuvé sa sanglante débauche.

Le maréchal devait opérer sur la gauche.

Par la route d'Olmûtz, forte position

Prise par Lichtenstein et par Bagration ;

Et Walhubert servait sous lui. — Quelle tuerie!

D'abord ce fut un grand choc de cavalerie,

Et les carrés français, sur leurs quadruples fronts.

Eurent à repousser quatre-vingts escadrons ;

Puis Kellermann, sabrant, nous fit la place nette ;

Et nos vieux régiments, croisant la baïonnette,

Marchèrent, les tambours devant, l'aigle au milieu,

Vers Pratzen, où tonnaient trente bouches à feu. Quand ces grands mouvements sous le canon s'opèrent, C'est terrible ! Combien de braves gens tombèrent Dans cette plaine où rêve aujourd'hui le berger! Castex, le colonel du treizième léger, Un officier superbe et de très haute taille. Fut frappé d'une balle au front, et la mitraille Enleva d'un seul coup un groupe de tambours. N'importe ! Sur Pratzen, dont brûlaient les faubourgs Et dont les grenadiers du czar gardaient l'entrée. Nos petits fantassins, en colonne serrée. S'avançaient lentement, commandés par Suchet ; Et, dans cet ouragan formidable, on marchait : — Car, pour vaincre, il fallait prendre cette bourgade.

Ce fut à Walhubert d'enlever sa brigade, A Walhubert, à qui l'Empereur a souri !

« En avant! » commanda le héros.

A ce cri.

D'un effort furieux ses bataillons partirent ; Et par un feu nourri les Russes répondirent; Et comme Walhubert, joyeux, caracolait, Poitrine au vent et sabre à la main, un boulet Le jeta sur le sol, la cuisse fracassée.

La colonne d'attaque était trop bien lancée : Elle ne cessa pas pour si peu de courir. Mais, comme des soldats venaient le secourir. L'intrépide blessé les écarta d'un signe. Et dit sévèrement .•

« Eh bien ! Et la consigne !

Qu'on me prenne un drapeau russe pour mon linceul ! . . . Grenadiers, à vos rangs ! ... Je veux mourir tout seul ! ... «

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A Paul Lf.lièvre

£Ln mil huit cent trente-un, au début du printemps,

Son Altesse le duc de Reichstadt eut vingt ans.

Parfois on trouve encor quelqu'un qui se souvienne

De l'avoir vu passer sur le Prater, à Vienne,

Et qui vous contera qu'il était sans rival

Pour faire parader et volter un<heval.

En uniforme blanc, des croix plein la poitrine,

Il montait son bai-brun, à l'ardente narine.

Sans qu'on songeât, devant ce passant coutuniier,

Au (ils de l'empereur Napoléon premier ;

Et les braves Viennois, certes, ne pouvaient croire

Qjic de l'Empire mort et de sa vieille gloire

G: major autrichien conservât le regret.

Seulement on a su depuis qu'il en mourait.

Il n'avait pas dix ans, pâle et chétivc Altesse Dans le parc de Schœnbrunn promenant sa tristesse,

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