‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 58 sur 141 · IO · texte numérisé non relu

IO

L EXl LEE

Voyageur, je devais partir le lendemain ; Maistum'as pris mon cœur sans pouvoir me le rendre, Alors que pour l'adieu je t'ai touché la main.

A ce dernier bonheur j étais loin de m'attendre, Et je me croyais mort à toutes les amours; Mais j'ai vu ton regard spirituel et tendre,

Et tout m'a bien prouvé, dans les instants trop courts Passés auprès de toi, blonde sœur d'Ophélie, Que je pouvais aimer encore, et pour toujours.

Et je ne me dis pas que c'est une folie,

Que j'avais dix-sept ans le jour où tu naquis ;

Cai le triste passé, je l'efface et l'oublie.

Et tu ne peux savoir à quel point c'est exquis !

LA MEMOIRH

v^ouvENT, lorsque, la main sur les yeux, je médite,

Elle m'apparait, svelte et la tête petite,

Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.

Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,

La chère vision que malgré moi j'ai fuie?

QM*rtt auprès de son teint la rose après la pluie?

Fcut-on comparer même au chant du bengali

Son exotique accent, si clair et si joli?

K*i-il une grenade entr'ouvertc qui rende

L'incarnat de sa bouche adorablcment grande ?

Oui, le» asia-s sont purs, mais aucun, dans les cieux,

Aucun n'est ^biant et pur comme ses yeux ;

El l'antilope errant sous le taillis humide

N'a pas ce long regard lumineux et timide.

Ah f devant tant de grâce et de charme innocent ,

Le poète qui veut décrire est impuissant ;

.V " it peut du moins s'écrier : h Sois bénie,

(> it'linie i l'égal du génie,

Mémoire, qui me rend» son sourire et »a voix,

Et qui (ais qu'exilé loin d'elle, je la voisi »

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