‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 9 sur 141 · LE BANC · texte numérisé non relu

LE BANC

— Car l'ombre m'empêcliait de voir les deux amis Un baiser, qu'un soupir d'abord avait promis, Vibrer, pareil au bruit d'un oiseau qui s'effare.

Tout à coup une claire et brutale fanflirc Éclata dans la nuit profonde du jardin.

Le soldat inquiet se releva soudain :

Il fallait se quitter, car c'était la retraite.

Oh ! le triste moment d'un départ qui s'apprête !

Vingt fois on se redit qu'on se reverrait là;

Et le pauvre amoureux en hâte s'en alla,

Mais non sans regarder bien souvent en arrière.

Elle, les yeux baissés comme pour la prière. Triste, joignant les mains sur son tablier blanc, Resta longtemps rêveuse et seule sur le banc. Lentement s'éloignait- la fanfare importune; Et, lorsque dans le ciel monta le clair de lune, Je la vis, pâle encor du baiser de l'amant Et les larmes aux yeux, écouter vaguement La retraite s'éteindre au fond du crépuscule.

Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule.

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ANS les promenades publiques, Les beaux dimanches, on peut voir Passer, troupes mélancoliques, Des petites filles en noir.

De loin, on croit des hirondelles :

Robes sombres et grands cols blancs ; Et le vent met des frissons d'ailes Dans les légers camails tremblants.

Mais quand, plus près des écolièrcs, On les voit se parler tout bas, On songe aux étroites volières Où les oiseaux ne chantent pas.

Près d'une sccur, qui les surveille En dépêchant son chapelet, Deux par deux, en bonnet de vieille, Et les mains sous le mantelet,

Les cils baisses, tristes et laides.

Le front ignorant du baiser, Elles vont voir, pauvres cœurs tièdcs, Les autres enfants s'amuser.

Les petites vont les premières ; Mais leur regard discipliné A perdu ses vives lumières Ht son bol azur étonné.

Les pieuses et les savantes Ont un maintien plus glacial ; Toutes ont des mains de servantes, L'œil sournois et l'air trivial.

Car ces êtres sont de la race Du vice et de la pauvreté, Qyi font les enfances sans gnke Et les tristesses sans beauté.

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