LIVRE DEUXIÈME
LU l'ÂSSK
Sur l'amant et sur la maîtresse, L'Aube épanche un jour enchanté, Et le temps semble à leur ivresse Le seuil d'ov d"uiie éleniilé.
Et le premier frisson des brises.
Baisant leurs fronts silencieux,
Emporte leurs âmes surprises, D'une aile éj,Mle, vers les cieux!
Phls jiaiil (jiic le vol des colombes Et le dernier parfum des ileurs.
Ils passent au-dessus des tomber Sans entendre eoider les pleurs;
Pasteurs du blanc troupeau des rêves, Une étoile, au sillon vainqueur, A guidé leurs pas sur les grèves ; Un Dieu jeune est né dans leur cœur!
L'encens, la cinnanie et la myrrhe Bri^ilent dans leurs souffles mêlés ; Le chœur des anges les admire Sur le seuil des Ldens voilés.
Sous le vent des harpes sacrées, Frémissant des mêmes accords, Comme sous des mains inspirées.
Leurs âmes vibrent dans leurs corps ;
L'extase a figé les paroles Sur leurs lèvres au souffle éteint, Connne la rosée, aux corolles, Le liremier frisson du matin.
l)'ua baiser leur chair est liée, l>'un scrnieut leur être est uni.
Lt leur àme nudti})liée l*arlout contine à Tinlini.
LA VIË DE L'AME. l3o
Parfiiiiis errants, nuit solennelle, Hymne où l'esprit beree s'endort, Lis pur, étoile fraternelle...
Oh î le beau eliemin vers la mort !
Sous leurs pas la nue est ouverte :
L'astre a laissé ehoir son flambeau...
L'amant luit la route déserte, La maîtresse i;it au tondjeau.
Au soleil d'or sitôt lermée,
0 Heur morte, innuortelle Heur!
Tu reposes, ma bien-aimée!
Des deux, ton sort est le meilleur.
Ayant elos tes yeux et ta bouelie.
Que me l'ont l'air et le soleil!
— A ceux (ju'unit la même couelie.
Dieu devrait le même sommeil.
Uayoïiiiciiicul (liserel dr l.i laiii[K' baissée Doiici' plainte (lu lin par l'aimiilK' mordu, Chant léger qu'étouffait sur sa lèvre pressée Le baiser toujours jiris el toujours défendu!
\ieu\ li\rc inlerj'oiijpu de lentes eauseries, Sileuie (premplis^^aiciit de longs eneliantenients, Parfum toujours en fleur des roses défleuries, Calme des soirs passés près des tisons fumants!
(Hi! je liaix' cil pleurant l'aile dont lu nreftleure>,
Souvenir éteiiiel. reiiret ineonsolé,
Amour (jui lus ma vie et qui t*es envolé,
^^ Charme de tous les lieux et de toutes les heures!
L'air du soir emportait sous les feuillages sombres, Comme un parfum du ciel, l'àme des voluptés; Les rêves se levaient partout avec les ombres : Celle qui fut mon cœur était à mes côtés,
Nous suivions le grand bois, i)armi l'berbe mouillée, L'air au front, l'œil au ciel, la bruvère aux ueiioux, Et comme elle sortait, blanche, de la feuillée, Une source se prit à gémir près de nous.
Ce sanglot sans pitié, poursuivant mon oreille, S'en fut jusqu'à mon cœur joyeux et railligea : La santé fleurissait sa beauté sans pareille, Et je cherchais pourquoi l'onde pleurait déjà !
iô6 I.A VIE.
JV
Sur le lac, où j'ai vu passer les cygnes blancs, Un rêve llotte et suit leur lumineux cortège : Je vois l'ange endormi, l'enfant au corps de neige Qui soulève vers moi ses bras nus et tremblants, Ses bras pareils aux cous harmonieux des cygnes î
— Et, quand le flot s'eni'uit, leurs gestes nonchalants, Comme pour un adieu, tristes, me font des signes.
Dans le chœur fraternel des célestes oiseaux, Que cherche, sous l'azm*, la chère ensevelie? A-t-elle retrouvé le bouquet d'Ophélie, La pâle fleur d'amour qui croît au fond des eaux?
— Quand la fraîcheur du vol des cygnes les effleure. Son haleine frissonne aux cimes des roseaux
Et me trouble, en passant, comme une voix qui pleiuT.
Sur le lac où j'ai vu descendre le soleil,
Un rêve flotte et suit la vision première :
Je revois mon amour couché dans la lumière,
Comme un lis abattu que teint un sang vermeil;
Et le flot, aux rougeurs dont le couchant l'irise,
Palpite sur la grève, incessant et pareil
A la lèvre qu'empourpre un baiser qui la brise.
Des baisers ont passé, rapides et brûlants. Sur ma lèvre où jadis son âme s'est posée, Et j'ai senti saigner, toujours inépuisée, Sous l'implacable fer de mes souvenirs lents, Ma dernière douleur et mon amour première,
— Près du lac où j'ai vu passer les cygnes blancs,
— Près du lac oii j'ai vu descendre la luniière.
Très-pale et le front ceint de marguerites, Ses grands yeux levés et qui, somnolents, Semblaient lire au ciel des choses écrites. Elle s'en allait, rêveuse, à pas lents, Si pâle et le front ceint de marguerites !
Très-douce et ne parlant plus à la terre Qu'avec son sourire et comme tout bas, Elle allait cueillant la fleur solitaire Qu'un rêve taisait naître sous ses pas... Si douce et ne parlant plus à la terre!
Très-frêle et pareille au roseau qui penche, Un faix invisible inclinait son front.
Va, repose en paix, ma colombe blanche, Toi que plus jamais mes yeux ne verront Si frêle et jtareille nu roseau qui penche.