‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 21 sur 65 · DEUX PETITES FILLES · texte numérisé non relu

DEUX PETITES FILLES

Comme un couple de cygnes bhuicb Harmonieuses à décrire, Sur deux visages dissemblants, Elles ont le même sourire.

Le même regard dans leurs yeU:^ S'attendrit quelquefois ; mais l'une Prit le sien au soleil joyeux, L'autre à quelque rayon de lune ;

Et, bien que le même printemps Effleure leur petite joue^ Voici déjà de longs instants Que l'une rêve et l'autre joue.

Songes d'or et vives chansons, Elles ont fait leur part entr'elles :

L'une suit le vol des pinsons, L'autre celui des tourterelles.

Mais leur cœur fraternel sait bien Où se croise leur double voie; Un tendre et mystique lien Unit ce calme à cette joie,

Et, sous le même enchantement Que les ileurs discrètes des mousses, S'épanouissent chastement Leurs âmes jumelles et douces !

148 LA Ml.

PELEia.NS

Les pèlerins d'amour, sublimes voyageurs, Seuls affrontent pieds nus nos sentiers de misère ; Les yeux souvent au cirl. t'-ruuant un rosaire De chansons et do pleurs.

Us s'arrêtent au bord tic- xjurces altérées, Pour baiser, sous les fleurs, des pas mystérieux; Ils portent à leur cou des reliques sacrées Qu'ils cachent à nos yeux.

Au revers d'un fossé de leur route intlnie, Ils s'cnduriiient un -oir. comme l'oiseau s'endort. Nul ne connaît leurs noms, car leur muet génie Est frère de la Mort !

Parfois, sur le chemin que leur marche ensanglante. Le somhre chœur des gueux et des déshe'rités, Comme un- troupeau de bœufs que le fouet tourmente, Pousse sa grande voix dans les immensités.

Et la nuit seule entend leur clameur insensée Qui roule, sous l'azur, le bruit sourd de ses flots. La majesté des cieux n'en est pas olfensée ; Le vide boit leurs cris et le vent leurs sanglots !

Mieux vaut au pèlerin (pie trahit son courage, Fuir les sentiers perdus (pTa brûlés le soleil, Et, muet, s'endormir sous le cruel ombrage Un la jalouse Mort vient punir le sommeil.

Moi, je niar.he toujours, sans plainte et sans colère : 11 n'est de pauvreté qu'au cœiu' sans souvenii-. Je porte dans mon àme un trésor de misère. Et mes jours sont remplis d'aimer et de souffrir !

i:.0 LA VIE.

Vlïl

MATITYRS

rtii li.nit (le rjirliro (îc la vie

Où lo désir les criicifio.

Les pales martyrs de l'aniour

Contemplent, au pied du Calvaire.

Les joveux eompagnons du verre

Qui eliantent tout le long du jour!

Eux. leur ilaue saijiiie et leui' col j)loie, Et celte musique de joie >'"effleure pas leurs sens troublés...

Mais, cette voix qui vibre à peine.

C'est un sanglot de Madeleine !

- — Et les martvrs sont consolés.

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