LA LACHE DOULEUR
Ces fils de notre cœur et ces fils tie nos lianes.
Les morts, — s'ils n'emportaient sous les suaires blancs
Que l'avare trésor de nos larmes amères,
L'oubli consolerait les amants et les mères.
Plus longtemps que leur spectre insaisissable et doux, Ce qu'un regret cruel et lâche pleure en nous, C'est la part de notre être en leur être perdue. Que de nous ils tenaient et qu'ils n'ont pas rendue;
C'est la force d'aimer, moins vivace en nos seins.
Nos rêves envolés dont les vagues essaims
S'elïaroiuliont au bruit des funérailles lentes:
C'est notre espoir moiii-lrnue en nos mains plus tremblante:
C'est nous, c'est iiuus tous seuls qu'ils ont abandonnés. Nus sur un sol aride et pareils aux damnés Que hante le regret de la vie écoulée. — Cet égoïste effroi de fànie inconsolée.
C'est le mien, et j'en sais la honte et le remords. Car, détournant de moi le deuil lourd de mon être. Je fouille le secret interdit de renaître. Ainsi qu'un or maudit, dans la cendre des morts;
Et, penclié sur le sol, silencieux, j'épie, Dans les tressaillements de la matière impie La lointaine chaleur et le rhythme perdu De mon cœur dans la mort avant moi descendu !