‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 36 sur 65 · PATRIA · texte numérisé non relu

PATRIA

SONNETS IIÉROÏQLES

U ^luirc dc^ :?ui(lals innur;mt dans les Jialailk'S. Seule gloire restée cl ([iii U'ute relïort. Je foiivif à (|iii niL'url pour le droit du moins Ibrl. Et mon àme te suit parmi les funérailles !

Pr^t d'uul)lii'r riioircm- de ees grands champs de moil. Uù le vol des cliev.nix disperse vos entrailles. Où, couchés sous le vent des lointaines mitrailles, Vous reposez en paix, menrtriers sans remord;

Je pense que, du moins^ seuls, au temps où nous sommes^ L'instinct du sacrifice a fait de vous des hommes ; Ou'insoucieux (hi hut, du devoir convaincns^

Nous le servez (piand même e! d'une àme aguerrie :

U gloii'e de lous ceux qu'a pleures la patrie.

Je l'envie à (jui meurl poni' le droit des vaincus!

Alors je pense au temps où, rriin bond liéroïque. Des enfants de seize ans, sons leurs fusils ployés. Couraient à la frontière et déchiraient leurs pieds Aux chemins, en criant : Vive la République!

Quand le courage était une vertu civique A ce peuple naissant de martyrs oubliés, Quand de leur propre sang tes fils multipliés, France, te saluaient comme une mère antiffue,

Et, légitime orgueil de ta fécondité.

Tombaient en s'écriaut : Vive la liberté!

— Apprenons à nos fds la gloire de nos pères.

De leur nom plus encor que du nôtre jaloux : Si grands que vous soyez, ô soldats, ô mes frères, Ceux qui mouraient alors étaient plus grands que vous!

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Immuable >pk'ndoiir dn Beau! Gloire du Juste! Derniers autels de ceux qu'oui Iraliis leurs autels! Vous gardez, comme ou garde uu héritage auguste, Le secret de la mort qui nous fait immortels.

Ainsi qu'aux flots du bronze une image s'incruste, Des âges ont passé que vos sceaux éternels Ont marqués, pour le Temps, d'une empreinte robuste Et que notre mémoire a rendus solennels ;

Des âges où la force, éprise de lumière, Demandait à l'Esprit son ennoblissement, Où la pensée était l'àme du dévouement.

Où la Patrie était, dans tout cœur, tout entière, Oii vingt ans reliaient la tombe et le berceau Par un sillon de aloire, et se nommaient Marceau!

LA VIE DE I.'AMi:. 185

Marceau! — Quand l'àme eut fui de ^a poitrine ouverte Souffle ardent qui passa sur les fronts éperdus. Ce fut comme un remords immense de sa perle Qui prit tous ces soldats ensemble confondus;

Comme une horreur secrète envahissant la plaine Oii la moisson guerrière ondoyait au tambour: Le vent chargé de fer suspendit sou haleine, El. mornes, les canons se turent tout un jour.

Les vainqueurs oubliant d'achever la victoire, Librement, dans l'azur, vers sa grande mémoire Le pardon des vaincus monta religieux.

Et ces deux Ilots humains qu'un peu de sang sépare, — Tels les flots Egéens, linceul du doux Icare, — Pleurèrent cet entant qui tombait glorieux!

Los Titan> sont tombés : dans l'air silencienx Leur sang pur monte oncor et, comme une fumée. Emporte dans les cieux leur àme consumée Des rêves éternels qu'ils avaient pris aux cieux.

La Terre, maternelle aux cœurs audacieux, Sur ses enfants meurtris lentement s'est fermée; Mais, pour lonjiitem})s tari, son flanc capricieux Tira de leur semence une race pygmée,

Dn corps de ces lions un peuple de l(jurmi>;

Et nous n'osons nommer nos pères endormis.

Plii^ prêts d'être des dieux que nous d'être des hommes 1

Et ii<Mi> haîii.>ii> >i ha.» leur Nuavcuir puissant Oiià nous voit le porter, on ne sait si nous sommes Les vers de leurs tomheaux ou les fds de leur sang.

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Si, pour faire une place à leur grand souvenir,

11 faut meurtrir beaucoup nos cœurs étroits, (ju' importe 1

Ils se refermeront, élargis de la sorte

Qu'un mâle sentiment s'y puisse contenir,

Que la pensée y germe et s'y fasse assez forte Pour que la liberté nous puisse revenir, Et que fleurisse enfin sur cette gloire morte La semaille que l'heure apporte à l'avenir.

Comme un ferment sacré qui soulève les gerbes Et pousse vers l'azur l'honneur des blés superbes. Leur mémoire contient tous nos biens enfermés :

Le courage et la foi vivace, inviolée,

Y creusent leur racine, et, dans l'ombre voilée,

La Justice y mûrit Tespoir des opprimés.

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