‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 57 sur 65 · LES VOIX · texte numérisé non relu

LES VOIX

Parlez, terrestres voix, chant nocturne des choses, Des hmgues à venir chuchotement lointain, Cris des enfantements, chœur des métamorphoses, Dernier adieu des morts dont la forme s'éteint ;

Bruit des déchirements sans fin de la Matière, Lent et plaintif écho des engloutissements. Lente et sourde clameur dont la nature entière Ttéuonce If tr;n;iil ohscur des éléments;

Montez dans Tair lé^er, voix nocturnes des tonihe^ Et 1 ercez, dans l'azur indifférent des cieux. L'appétit des corheaux et l'amour des colomhes Et les chers souvenirs des cœurs silencieux!

Exilés de la joie et de la foule impie, Les amis des tombeaux vous écoutent, charmés : Chantez l'hynme suprême où leur oreille épie Des mots, des mots connus et des rhythmes aimés!

Vous êtes la pitié de celle qui nous tue Et dont l'amour tardif nous défend de mourir, Et qui, le coup frappé, laisse l'âme abattue Regagner lentement la force de souffrir ;

Vous êtes la pitié cruelle de la Vie, Et douces cependant à qui vit sans remords. — Cher et tremblant leflet de la flamme ravie. Monte dans l'air léger, chant nocturne des Morts!

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