‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 58 sur 65 · LES PARFUMS · texte numérisé non relu

LES PARFUMS

Pareille au fin réseau que sur sa gorge nue Psyché serrait, pleurant ses premières pudeurs, Une invisible mer balance sous la nue Le flux et le reflux des terrestres odeurs.

Comme un sein virginal que traverse une haleine

De parfums infinis, tièdes et pénétrants,

Vn souffle intérieur a visité la plaine

Et soulève du sol un chœur d'esprits errants.

Tout respire : les bois sentent courir une âme A leur cime légère et pleine de frissons, Et, comme la chaleur d'une lointaine flamme. Les voluptés du soir montent des li orizons.

Les charnelles senteurs des verdures marines Suivent, le long des flots, le spectre de Vénus, Et des grands bœufs couchés les bruyantes narines Aspirent, dans l'air chaud, des bonlieurs inconnus.

Tout s'enivre de boire à la source cachée Où, comme un holocauste éternel et fumant, La Vie exhale une à me à la Mort arrachée, Une âme qui dormait sous l'herbe, obstinément ;

L'âme des morts sacrés dont la dernière haleine Vient errer, chaque nuit, sur les lis odorants, Le souffle intérieur qui roule sur la plaine Des parfums infinis, tièdes et pénétrants.

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0 lampos des tomboanx, astres, fenx symboliques Allumés (laus la uuit sereine où nous mom'ons, Gazons qui fleurissez les humaines reliques, Vous n'êtes pas encor tout ce que nous serons !

Grands bois debout dans l'ombre où naissent les mystère^ Nuages qui passez, rapides, sur nos fronts, Sources aux regards lents et doucement austères. Vous n'êtes pas encor tout ce que nous serons !

Plus baut que la foret, que la vapeur légère, Oue l'étoile embrasée et que les cieux béants, S'achemine, au delà des terrestres néants. Une part de notre àme à nos corps étrangère

Qui ne subira plus l'injure passagère

Des formes que la Mort prend, rassemble et distend.

— Elle se fait en nous dans l'ombre et nons attend. Cette part de notre âme à nos corps étrangère !

Elle se fait, en nous, de l'espoir révolté Qui senl nons faisait vivre et que trahit la vie : De tont ce qni laissa notre ame inassouvie Se forme et croît en nous notre immortalité.

Le trésor de nos vœux perdus grossit sans trêve Et le flot de nos pleurs jusqu'au ciel est monté :

— Des larmes de l'Amour et des splendeurs du Uève Se forme et croit en nous notre immortalité!

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