‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 10 sur 141 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

(Sonnets.)

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Bouche aimée, suave et pourtant douloureuse, telle que déjà l'imaginèrent l'Art et mon Rêve : forme ambiguë empruntée à un demi-dieu, au bel Hermaphrodite adolescent;

0 bouche sinueuse, humide, ardente, qui, là où s'exaspère mon désir, alors que je suis abîmé dans un oubli profond, suces infatigablement ma vie;

O grande chevelure éparse sur mes genoux, pendant le doux acte; ô froide main qui répands le frisson et qui me sens frissonner;

0 vous, yeux alanguis entre les longs cils, qui vous ouvrez à mon cri suprême et qui, tout grands, resplendissez en me regardant mourir ;

Ah, que je meure, que je meure enfin de véritable mort, et que ce cri soit véritablement mon cri

suprême, et que ma dépouille soit arrosée de larmes dans le doux soir,

Et que tous les myrtes du printemps lui servent de couche, et que les aromates syriens l'aspergent, et qu'en grave théorie, sur le pâle rivage,

Les Ephèbes l'emportent avec des hymnes lents; et qu'aux vierges, derrière eux, la joue sonore tremble sous la guirlande, le long de la flûte;

Et que les astres s'allument comme des torches, et qu'au ciel, après les hymnes achevés, s'épanouisse comme une rose la divine Aurore !

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