SUR UN « EROTIK D'EDOUARD GRIEG
(Sonnet.)
Je veux un amour douloureux, lent, qui soit lent comme une mort lente, et sans fin (je veux qu'il soit plus fort que la mort), et sans changement.
Je veux que sans trêve nos âmes soient absorbées en un tourment secret; et qu'une mer soit à notre porte, pleurant seule, dans un silence recueilli.
Je veux que la haute tour soit de granit, et si haute que, dans la nuit sereine, elle semble atteindre le grand astre polaire.
Je veux un lit de pourpre, et, gisant sur ce sein comme au fond d'un sépulcre, trouver dans cette ombre l'Infini.
ENCORE SUR L1 « EROTIK »
(Sonnet.)
Erynnis! Tel est ton nom tragique. En toi vit encore l'antique puissance. L'immense nuit, ô Furie, s'est émue toute au seul frémissement de ta chevelure.
Quand tu apparais sur mon seuil pareille à une flamme, dans ta robe rouge qui flamboie, un frisson court le long de mes os, mon âme crie ton nom tragique.
Mais tu es pâle, cette nuit, Erynnis. Comme tu es pâle! As-tu donc ouvert tes veines pour teindre ta robe?
Écoute ce que la mer chante : de funèbres hymnes! Et renouvelle en moi la démence désespérée qui ôtait le sommeil à Oreste.