SUR UN ADAGIO DE J. BRAHMS
(Strophes de sept vers.)
Tout est silence, silence lugubre^ infini, dans le lointain royaume où tu régneras. Là est, semblable à un noir sépulcre, un trône vide, désert depuis un temps immémorial, marqué par la fatalité, trône où jadis fut assis, solitaire, un roi tout-puissant.
L'escarboucle et la chrysolithe brillaient sur sa tête souveraine, mystiques comme les astres; les cercles de sa couronne ceignaient une grande pensée; et, plus que cet éclat sidéral, cette pensée resplendissait sur sa face muette, indiciblement.
Dans son domaine, le geste de sa main sacrée atteignait jusqu'à l'extrême rivage ; un sévère froncement de ses sourcils soulevait les tourbillons. La moisson fleurissait dans le désert, les roses fleurissaient du sel infécond, les flammes renaissaient des cendres éteintes, à son sourire.
Et il disparut. Un silence lugubre, infini, s'étend sur le lointain royaume où tu régneras: et c'est un mystère profond que tu trouveras dans le trône, comme dans un sépulcre ouvert, ô reine spirituelle de ce paradis mort qui se tait éternellement,
O vaine lumière de ce paradis mort dans ma pensée!