AUTOMNE
(Quatrains.)
Automne, toi qui miras dans ses yeux et dans la mer taciturne ton or fauve (toutes les eaux parurent un trésor immobile, et ses yeux parurent plus vastes que la mer),
Automne, cette tristesse que seul tu répands (combien de choses mortes mon âme a-t-elle laissées dans tes bois dépouillés, parmi les feuilles mortes!), je ne l'ai jamais ressentie aussi forte
Qu'hier. Ce fut hier la suprême tristesse, et ce fut l'amour suprême. Jamais, aux heures les plus secrètes, jamais je ne l'aimai comme hier! Mon âme en tremble encore.
Elle se taisait, enfermée dans la noire tunique où étaient éparses des fleurs pâles comme les tiennes, Automne, comme celles que tu dores sur la tige creuse; et, penchée à la balustrade,
Elle regardait le golfe solitaire, penchée comme celle sur qui pèse un énorme fardeau. — Ah, l'ombre de son front! — Ou peut-être regardaitelle en elle-même sa propre ruine?
Peut-être. Je n'interrogeai pas. Mais si pleine était la concordance entre elle et toutes les choses visibles, douloureuses apparences d'âmes enveloppées dans la même peine,
Que je crus voir sa douleur dans toutes ces formes, que je crus vivre dans un monde exprimé tout entier de son cœur profond, illuminé par ce seul cœur;
Et pour moi chaque forme fut un signe qui dévoilait un mystère : presque un verbe muet; et, pour moi aussi, rien ne demeura inconnu dans l'infini royaume.