PÉTRARQUE
Le beau jardin semble reculer en des temps très lointains. Les fontaines, claires d'une clarté d'opale, font dans le calme des bruits doux et étranges. Sur les rosiers, les roses exténuées tombent, n'embaument presque plus. Notre âme languit. Nos vains rêves appellent les temps qui ne sont plus.
0 danses, airs de temps très lointains, vous que dans quelque demeure séculaire faisaient plaintivement résonner sur l'épinette de si blanches mains : — des mains de femme avide encore d'aimer, qui n'était plus jeune, et qu'on n'aimait plus, — vous aussi, suscitez ces vains rêves, airs de temps qui ne sont plus!
O parfums de temps très lointains, vous qui dans le fond des fioles vides laissâtes votre douceur essentielle, de sorte qu'un esprit semble en émaner
(ainsi peut-être dans les âmes secrètes un seul souvenir ne s'évanouit plus), vous aussi, parfums, guidez nos vains rêves vers les temps qui ne sont plus!
O figures de temps très lointains, vous qui animez le tissu pâli, nymphes sur des fleuves, chasseresses armées poursuivant de beaux cerfs dans de beaux bois païens (ô Délia, l'été, dans la nuit haute, quelqu'un te contemplait et ne dormait plus), vous aussi riez dans ces vains rêves, comme aux temps qui ne sont plus!
Et toi, femme qui vécus en des temps très lointains, comme tes danses oubliées, comme les parfums de tes fioles, femme qui avais de si blanches mains, toi qui mourus avide encore d'aimer, qui n'étais plus jeune et qu'on n'aimait plus, passe aujourd'hui dans ces vains rêves, morte des temps qui ne sont plus!