AUX LAURIERS
(Terza rima.)
Lauriers qui dans votre grande ombre sévère accueillîtes le pensif adolescent, parlez-moi de lui, ce premier soir.
Parlez-moi de lui avec indulgence, vieux lauriers : car il entend peut-être; car, quoiqu'il soit loin, pourtant il est présent.
Combien il vous aimait, votre jeune gardien! Et combien de fois vous avez tendu votre feuillage à son front ami, en l'écoutant vous louer!
Il lisait ce livre où l'Ame pudique gémit, pleure et désire, enveloppée dans le voile d'une Grâce ancienne.
Lentement croissait et fleurissait à l'entour le beau jardin, tel un rêve qui s'élève du cœur; arrosé par la pure mélodie,
Dans une étrange lumière spirituelle qui ne venait
pas du ciel, mais qui de la page immortelle se répandait sur le monde.
0 lauriers, je suis celui-là! Je ne me cache plus. Je suis celui qui lisait ce livre, et qui vit cette lumière, et qui en jouit dans son cœur secret.
Tout est-il perdu? Le dernier rayon nargue le peu d'eau croupissante qui reste dans le grand bassin; le paon crie au haut du mur;
Sur le gazon livide et brûlé gisent morts les chers dieux de ce séjour... Toute divinité a done disparu ?
Seul un son de cloches arrive, étouffé. A quelle douleur se brise Tonde pieuse! L'ombre envahit une maison, peu à peu,
La triste maison où pleure ma mère.