‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 117 sur 141 · AUX LAURIERS · texte numérisé non relu

AUX LAURIERS

(Terza rima.)

Lauriers qui dans votre grande ombre sévère accueillîtes le pensif adolescent, parlez-moi de lui, ce premier soir.

Parlez-moi de lui avec indulgence, vieux lauriers : car il entend peut-être; car, quoiqu'il soit loin, pourtant il est présent.

Combien il vous aimait, votre jeune gardien! Et combien de fois vous avez tendu votre feuillage à son front ami, en l'écoutant vous louer!

Il lisait ce livre où l'Ame pudique gémit, pleure et désire, enveloppée dans le voile d'une Grâce ancienne.

Lentement croissait et fleurissait à l'entour le beau jardin, tel un rêve qui s'élève du cœur; arrosé par la pure mélodie,

Dans une étrange lumière spirituelle qui ne venait

pas du ciel, mais qui de la page immortelle se répandait sur le monde.

0 lauriers, je suis celui-là! Je ne me cache plus. Je suis celui qui lisait ce livre, et qui vit cette lumière, et qui en jouit dans son cœur secret.

Tout est-il perdu? Le dernier rayon nargue le peu d'eau croupissante qui reste dans le grand bassin; le paon crie au haut du mur;

Sur le gazon livide et brûlé gisent morts les chers dieux de ce séjour... Toute divinité a done disparu ?

Seul un son de cloches arrive, étouffé. A quelle douleur se brise Tonde pieuse! L'ombre envahit une maison, peu à peu,

La triste maison où pleure ma mère.

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