‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 121 sur 141 · UN RÊVE · texte numérisé non relu

UN RÊVE

(Terza rima.)

Elle était morte, elle était froide. La blessure était à peine visible, sur un flanc : petit passage pour une si grande vie !

Le drap semblait beaucoup moins blanc que le cadavre. Jamais les yeux ne verront aucune chose plus blanche que ce blanc.

L'été impétueux flamboyait aux vitres ; et des insectes, qui paraissaient énormes, faisaient dans la chaleur étouffante un bourdonnement sans pause.

Elle était froide. Je lui disais : « Mais dors-tu? » Avec un sourire stupide et atroce, je répétais, de plus près : « Dors-tu? Dors-tu?

» Dors-tu? » Et, à penser que cette voix rauque n'était pas la mienne, je fus transi de peur. J'écoutai. On n'entendait ni souffle ni voix.

Ces murailles paraissaient de flamme. Dans cette chaleur étouffante, une odeur de plus en plus forte montait, comme dans un caveau.

L'invincible odeur de la mort me suffoquait. Eh bien, je suffoquai. J'avais moi-même fermé portes et fenêtres.

« Dors-tu? Dors-tu? » Jamais elle ne répondit. Le drap paraissait moins blanc qu'elle. Jamais sur terre les yeux

Ne verront aucune chose plus blanche que ce blanc.

UN SOUVENIR (Sonnet.)

Je ne savais quel était mon malaise, ni où j'allais. C'était un jour étrange. Le jour était si pâle autour de moi, si pâle que cela donnait de la stupeur.

Il me souvient seulement d'une stupeur immense que me donnait cette plaine autour de moi, si pâle dans ce jour, et muette, et inexplicable comme mon malaise.

Il me souvient seulement d'un silence infini, où une palpitation seule, faible, si faible, s'entendait.

Puis, en vérité, rien ne s'entendait plus. Il ne me souvient pas d'autre chose. Il n'y avait là qu'un seul être, un seul; et le reste était infini.

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