‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 123 sur 141 · L'HERBE · texte numérisé non relu

L'HERBE

(Sonnet.)

Herbe que le pied foule, humble créature de la terre, ô toi qui nais partout, en fils ténus et en touffes, de la glèbe et de la crevasse,

Et qui, toujours vivace, attends sous lés âpres gelées le printemps futur, et qui nourris l'innombrable troupeau, et qui renais, toujours vivace après qu'on t'a fauchée,

Herbe immortelle, ô toi que le pied foule, je sais un homme qui a jeté dans le monde une semence douce et tenace comme la tienne;

Et rien ne peut détruire cette semence... — Mon âme pense à une prison profonde où l'herbe pousse en paix, humblement.

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