‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 130 sur 141 · LES POÈTES · texte numérisé non relu

LES POÈTES

(Strophes de neuf vers.

Le rêve d'un passé reculé, d'une race inconnue, d'un mythe ancien luit dans les Poètes. Mais aux Poètes le rêve de l'avenir est obscur. Comme une chevelure divine, une flamme divine à l'encontre des vents adverses, ainsi resplendit dans la vie notre âme qui s'allonge et flotte en arrière.

Nous habitâmes (0 toi qui m'aimes, t'en souvient-il? Dans tes veines était le Rythme), nous habitâmes des empires de gloire. En nous est innée la mémoire des fleurs ardentes épanouies comme de tangibles astres dans les vases parfaits, et des mystères contemplés, et des amours goûtés, et des arômes bus.

Dans quel soir empourpré avons-nous fermé les paupières? A l'heure de la mort, quel fut notre dieu? Par quelle prodigieuse blessure s'exhala notre vie? Peut-être après un massacre de héros? ou sous le

ciel profond d'un lit profond? Sur notre dépouille la Chimère veilla, farouche, dans le soir empourpré ;

Et, au soudain réveil qui dissipa le sommeil séculaire, nous vîmes rayonner un autre ciel; nous entendîmes d'autres voix, d'autres chants; nous entendîmes toutes les lamentations humaines, toutes les lamentations humaines que la Terre enferme dans son cercle; nous entendîmes tous les vains gémissements, et les hurlements insensés, et les blasphèmes énormes.

Xous entendîmes, taciturnes, cette plainte confuse. Mais dans notre âme close l'antique rêve, qui flottait encore, eut une aurore nouvelle. Et nous vécûmes; et nous trompâmes la vie en nous souvenant de cette mort, en chantant les mystères contemplés, les amours goûtés, les arômes bus.

Désormais le silence convient : un silence grave. Obscur est le rêve de l'avenir. Une mort nouvelle nous attend. Mais en quel jour suprême, ô Destin, revivrons-nous? Lorsque les Poètes chanteront au monde , sur des cordes d'or , l'hymne unanime : — O vous que le sang opprime. Hommes, l'Aube sublime resplendit sur la cime !

[1892-1893] (mètres divers)

(Traduction partielle, faite sur l'édition de 1893)

0 mare, o gloria, forza d'Italia!

(Canto novo, I, 1.)

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