‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 132 sur 141 · POUR LE BAPTÊME DE DEUX BARQUES DE PÈCHE · texte numérisé non relu

POUR LE BAPTÊME DE DEUX BARQUES DE PÈCHE

(Sizains.)

Prêtre chenu au front large et serein, au bras encore vigoureux, toi, homme de la glèbe comme tes pères, vaillant comme tes pères à manier la bêche et le hoyau, nourri comme tes pères dans l'antique foi de notre race;

Toi, rude agriculteur dont les mains vénérables, après avoir jeté sur la terre labourée la semence, élèvent maintenant l'hostie consacrée au Dieu des ancêtres, et, d'un geste toujours égal, versent maintenant le pardon sur l'âme prosternée;

Toi, homme de la glèbe, qui conduisais en un droit sillon le fer de la charrue; toi qui traversais le flot sonore de la moisson mûre avec la joie dans le cœur; toi, bénis-les, ces barques jumelles, bénis-les ces barques novices!

Bénis ces barques sur la mer douce et funeste,

sur la mer natale, si belle; asperge avec l'eau lustrale leurs proues luisantes, tournées vers la fortune; par ton verbe consacre le filet vierge à la pêche miraculeuse.

Propice est l'heure pour un vœu, puisque le vaste ciel écoute en silence tes paroles, et que sur les rivages la mer limpide, tel un adolescent endormi, respire légère, et que jamais peut-être, du haut de l'empyrée, le Soleil ne s"est aussi bénignement incliné sur la terrestre progéniture.

La montagne maternelle resplendit aux confins du ciel, toute bleue avec des veines d'or, et ses flancs sont cerclés de forêts où la hache cogne pour les carènes. Voici lèvent! Sur les eaux, la caresse de son premier souffle éveille d'innombrables sourires.

— Rouges voiles latines, encore serrées contre le mât, déployez-vous en croissant comme la nouvelle lune! Et vous, femmes, entonnez à pleines voix vos chants, sur la grève ! Chantez, sauvages muses, des chants de bon augure pour les navigateurs!

Étendez vos bras vers la mer merveilleuse, vos robustes bras nus : robustes pour tirer sur le rivage les épaves qu'y apporte la tempête, robustes pour imprimer la marque sur le tronc dur, robustes pour besogner sans relâche. Étendez vos bras

Nus, et, en chœurs alternés, chantez au juste Soleil les chants de la joie! Propice est l'heure; douce est toute vie; et les Esprits d'en haut entendent les paroles humaines. Faites monter les chants de la joie vers les cieux éternels! Personne aujourd'hui ne s'afflige.

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