‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 137 sur 141 · PRIMO VERE · texte numérisé non relu

PRIMO VERE

(.MÈTRES DIVERS) (Traduction partielle, faite sur l'édition de 1880.)

A LA STROPHE ALCAÏQUE

(Alcaïques.)

Alors que dans les champs Sygéens combattaient les enfants de Lesbos, parmi les chocs des armes ensanglantées, sous un nuage d'aveugle poussière,

Et qu'au hennissement des cavales cécropiennes se mêlait le chant bref des gymnètes et la sonnerie des clairons excitant les couards à la vaillance,

Tu résonnas comme un tonnerre, ô strophe nouvelle! Chère aux soldats, le jeune Alcée te criait, en passant à toute bride sur son blanc coursier.

Puis, au milieu des tumultes civils tu éclatas impétueuse, force d'un exilé, armée de libres traits, redoutable aux tyrans.

Puis, sans haine, te couronnant de lierre sombre, lu peignis les orgies du Dieu qui porte le thyrse, et tu dansas les danses qui s'entrelacent parmi les myrtes et les lauriers,

Et tu chantas l'Olympe ardu qui se dresse au loin, couronné de nuages, et rinoffensif sarment, et, dans leurs blancs péplums, les filles aux yeux noirs, les voluptueuses Lesbiennes.

Alors frémirent sur ton rythme, contre les fils abâtardis de Rome qui languissaient dans les jeux et les festins, les âpres reproches de Flaccus.

Combien superbes résonnèrent sur ton rythme les gloires insignes du premier Roi fuyant les obscurs marécages sur les chevaux de Mars !

Tantôt servile, au retour de la guerre et du triomphe, tu chantas le tout-puissant, le divin neveu de Jules, comme un dieu donateur de paix.

Tantôt ivre de victoire, tu montras Drusus bataillant contre les cohortes rhétiques comme l'aigle qui fond sur le dragon cruel.

Mais ensuite, lascive et flexible, tu secondes les ondoiements de la danse ionienne, en agitant les pampres du thyrse ;

Et, tandis que les éclats discordants du rire se

mêlent à l'aigre son des flûtes, toi, ainsi qu'une bacchante, tu t'écries : « Evohé, dieu de Thrace! Evohé! »

Aujourd'hui enfin tu te fais belle du pâle visage de Lydia aux boucles fleuries, et, comme la ballade florentine, tu soulèves le gonfalon de Mai pour saluer notre blonde Reine;

Ou tu invoques la Victoire tirée des ruines du temple et, resplendissante de force hellénique, tu chantes : « Salut, Rome déesse! »

Ô strophe alcaïque, rapide, agile, toi que les brises maternelles de l'Hellade et les limpides crépuscules sabins ont élevée comme une fille chérie,

Maintenant, dans ma demeure agreste, pleine de soleil, d'azur et de lauriers, viens me tenter par la jeunesse de tes formes immortelles,

Et, nymphe blanche, tresse-moi des couronnes de fleurs pour des vierges aux longues chevelures, ou, brune amazone, trempe-moi des flèches d'acier pour nos barbares ennemis.

AU BACCHUS DIOXYSIUS

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